Sommes-nous pré-câblés pour être moraux ? – morale #2

1439 lectures. Publié le 24 May 2019 par dans la catégorie Coopération

Sommes-nous pré-câblés pour être moraux ? – morale #2

Le deuxième épisode de la série sur la morale !

Pour ceux qui préfèrent le texte, transcription:

Salut tout le monde,

tout d’abord je voulais vous dire un grand merci pour l’accueil que vous avez réservé à la
première vidéo de cette série sur la morale, ça fait chaud au cerveau, et pour celles et ceux qui
ne l’ont pas vue je vous recommande d’y jeter un oeil, j’y pose les bases du sujet et vous fais
remarquer que le sujet de la morale, si ça ne vous émerveille pas, c’est sûrement que vous n’y
avez pas assez réfléchi… ou que vous y avez déjà trop réfléchi.

Comme promis, aujourd’hui je vous parle des bases biologiques de la morale, et comme on
a du pain sur la tranche on démarre sans plus attendre.

Alors déjà vous aurez remarqué que cette vidéo s’appelle “Sommes-nous pré-câblés pour être
moraux ?” et pas “La morale est-elle innée ?”. C’est pas par hasard, et c’est peut-être même le
message principal de cette vidéo. Le problème de l’expression “la morale est innée”, c’est que
c’est pas très précis, et que beaucoup de gens interprètent ça comme l’idée que la morale serait
déjà figée et complètement développée à la naissance, et que si les bébés savaient parler ils
pourraient nous réciter la Déclaration des Droits de l’Homme entre deux biberons. “La morale
est innée” laisse penser que la morale serait insensible à l’environnement et la culture dans
lesquels un humain grandit.

L’hypothèse que je vais vous présenter aujourd’hui est beaucoup plus raisonnable : c’est
l’hypothèse selon laquelle, à la naissance, le cerveau humain serait déjà pré-câblé, préparé à
produire des jugements moraux. De la même façon que le cerveau d’un bébé est pré-câblé
pour apprendre un langage, sans pour autant que les bébés sachent parler, le cerveau d’un
bébé serait pré-câblé pour produire des jugements moraux, sans pour autant être capable de
produire toute la panoplie de jugements moraux qu’un adulte est capable de produire. C’est ce
que j’appellerai tout au long de cette vidéo l’hypothèse naturaliste, que je vous supplie de ne
pas confondre avec l’hypothèse naturiste, l’hypothèse naturaliste sera l’hypothèse selon laquelle
nous naitrions prédisposés à produire des jugements moraux.

Au passage, je ne connais pas de biologiste sérieux qui soutient que l’environnement dans
lequel grandit un enfant n’a pas de rôle à jouer dans la détermination de sa psychologie, avec
l’environnement compris au sens large comme l’éducation, la culture, le milieu social, bref tout
ce qui ne vient pas des gènes. Faites attention quand vous rencontrez cette idée, parce qu’elle
est souvent promue par des gens qui soit ne comprennent rien à la biologie soit font exprès de
déformer les propos des biologistes pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici.

Et si je ne connais pas de biologistes qui nient le rôle de l’environnement dans l’influence
des jugements moraux, je connais beaucoup de personnes qui nient tout rôle de la biologie
dans l’influence des jugements moraux. Ces personnes soutiennent une théorie qu’on appelle
culturaliste, qui postule que les humains naissent sans prédispositions morales particulières
et qu’ils ne viennent à acquérir des normes morales que par imprégnation de la culture dans
laquelle ils grandissent [1], de la religion dans laquelle ils baignent, de l’éducation reçue de leurs
parents. Si j’en crois mon expérience d’ailleurs, il y a de fortes chances pour que ce soit la
théorie que la plupart d’entre vous soutiennent intuitivement, et c’est bien normal après tout
parce que c’est presque la seule hypothèse dont on entend parler depuis qu’on est tout petits,
qui est sous-entendue par des expressions comme la “morale judéo-chrétienne”, et qui colle avec
des observations qu’on fait tous les jours, comme le fait que la morale varie en fonction des
pays, vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà, Pascal, Montaigne, etc…

Ce que je vais faire aujourd’hui, c’est vous présenter d’autres données qui collent un peu
moins bien avec les théories culturalistes et un peu mieux avec les théories naturalistes. Il faut
savoir qu’il existe un autre ensemble de théories qu’on appelle les théories rationalistes, et je
reviendrai dessus en conclusion, mais comme la théorie culturaliste est la plus répandue dans
le grand public je vais me focaliser dessus.

Je préfère vous prévenir que je pourrais faire une vidéo entière sur chacune des données que
je vais vous présenter maintenant, mais mon but ici c’est de vous donner un aperçu général, donc
désolé si ça va un peu vite. Accrochez-vous, et comme la vidéo va être longue, installez-vous
confortablement et n’oubliez pas de mettre les enfants devant Patrick Sébastien.

Les premières données dont je veux vous parler concernent l’âge auquel apparaissent les
jugements moraux chez les enfants. Les partisans des théories naturalistes aiment bien faire des
expériences chez les très jeunes enfants, parce qu’en théorie, plus un jugement moral apparait
tôt, plus il y a des chances qu’il ait des origines biologiques, parce l’enfant n’aura pas eu le
temps d’internaliser les normes de la société. Et on a aujourd’hui des dizaines d’expériences qui
montrent que très tôt, les enfants commencent à produire des jugements moraux, par exemple
dès l’âge de trois ans ils sont capables de faire de la justice proportionnelle, c’est à dire de
récompenser plus ceux qui travaillent le plus [2]. Alors à l’âge de trois ans on pourrait dire
qu’il y a déjà eu pas mal de contacts avec la culture, mais on peut remonter encore plus tôt,
à l’âge de 12 mois par exemple, les bébés sont capables de réagir à des distributions inégales
qu’on leur présente au cours de spectacles de marionnettes [3–5]. Encore mieux, dès l’âge de
6-7 mois, à un âge où les bébés ne sont selon moi pas grand-chose de plus qu’un tube digestif
ouvert aux deux extrémités, les bébés préfèrent déjà interagir avec une marionnette qui en aide
une autre plutôt qu’avec une marionnette qui en embête une autre [6–8]. Des comportement
moraux assez basiques donc, mais qui apparaissent très tôt.

Deuxième ensemble de données, ce sont les expériences qu’on appelle interculturelles, c’est
à dire les expériences qui sont faites dans différents pays dans le but de comparer si la morale
varie d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une population à l’autre. L’idée étant
que si la morale a des bases biologiques, alors on devrait retrouver certaines bases communes
aux jugements moraux partout autour du monde. Autrement dit, on fait des expériences
interculturelles pour chercher de la régularité derrière la variabilité.

On va faire une petite pause philo ici parce c’est un point qui est très bien illustré par un
débat entre Montaigne et Rousseau, et puis ça fait toujours très chic de citer des philosophes,
surtout ceux qu’on a pas lus. Montaigne, un peu comme les culturalistes d’aujourd’hui, insiste
sur la variabilité de la morale dans Les Essais:

“Ici on vit de chair humaine ; là c’est office de piété de tuer son père en certain âge ; ailleurs
les pères ordonnent des enfants encore au ventre des mères, ceux qu’ils veulent être nourris et
conservés, et ceux qu’ils veulent être abandonnés et tués.”

Des exemples de variabilité qui semblent donc rejeter la possibilité d’une morale universelle.
Mais voilà ce que lui répond Rousseau deux siècles plus tard, dans un échange qui n’aurait pas
eu à rougir de se retrouver sur Twitter aujourd’hui :

“O Montaigne ! sois sincère et vrai, si un philosophe peut l’être, et dis-moi s’il est quelque
pays sur la Terre où ce soit un crime de garder sa foi, d’être clément, bienfaisant, généreux ;
où l’homme de bien soit méprisable, et le perfide honoré.”
Émile, ou Traité sur l’Education, 1762

Donc Rousseau rétorque que même s’il existe de la variabilité dans les comportements,
on trouve quand même de nombreuses régularités morales derrière cette variabilité. Et aujourd’hui
ce débat entre variabilité et régularité existe toujours mais essaie d’être tranché avec
des données, puisqu’on peut maintenant faire des expériences pour comparer les jugements
moraux d’humains dans différentes cultures, un boulot effectué la plupart du temps par des
anthropologues.

On sait aujourd’hui par exemple que dans certaines sociétés traditionnelles de chasseurscueilleurs,
on retrouve les mêmes principes moraux que ceux qui sont à la base de nos systèmes
de justice occidentaux, je vous parlais du principe de proportionnalité tout à l’heure, qu’on
retrouve dès l’âge de trois ans chez les enfants, et bien on trouve aussi ce principe de proportionnalité
dans différentes sociétés de chasseurs-cueilleurs qui partagent le butin de la chasse
en fonction du mérite [9–11]. Tout récemment encore, pendant que je préparais cette vidéo
est sorti un gros article qui analyse trois cents ans de relevés ethnographiques dans 60 sociétés
traditionnelles différentes, pour en conclure que partout, tout autour du globe, des valeurs
comme aider son groupe, aider sa famille, retourner un service rendu, partager des ressources
ou respecter la propriété sont considérées comme des valeurs moralement bonnes [12]. Je ne
veux pas trop m’attarder là-dessus parce que la prochaine vidéo sera entièrement consacrée à
la question de la variabilité de la morale, mais il est important de retenir que rejeter l’origine
biologique de la morale à cause de la variabilité des comportements moraux, c’est comme rejeter
l’origine biologique du sens du goût à cause de la variabilité des goûts des gens. Ce n’est
pas parce qu’en Australie on aime manger de la vegemite, en Asie du durian et en Bretagne
du kouign-amann, que les habitants de toutes ces contrées exotiques ne partagent pas le même
sens du goût universel qui leur permet de faire la différence entre salé, sucré, acide, amer, et
umami.

Troisième ensemble de données, les études de jumeaux. Encore un sujet qu’il faudrait que
je vous présente un jour en détail, mais en gros, l’idée des études de jumeaux, c’est d’étudier ce
qu’on appelle les vrais jumeaux, les jumeaux monozygotes en langage scientifique qui se la pète,
jumeaux qui sont des clones du point de vue génétiques, ils ont exactement les mêmes gènes.
Et donc, si vous prenez deux vrais jumeaux qui ont grandi dans des environnements différents,
par exemple parce qu’ils ont été adoptés par des familles différentes, et que vous vous rendez
compte qu’une fois arrivés à l’âge adulte ils ont exactement les mêmes opinions politiques,
vous pourrez en conclure que ce sont plutôt les gènes qui déterminent les jugements moraux,
puisqu’un environnement différent n’a pas suffi à faire diverger leurs opinions. À l’inverse, si
des jumeaux séparés à la naissance ont des opinions politiques très différentes une fois arrivés
à l’âge adulte, vous pourrez en conclure que les gènes ne jouent pas un rôle très important.
En pratique, et pour quasiment n’importe quel trait, les gènes *et* l’environnement ont
toujours cˆhacun un rôle à jouer. Et les jugements moraux ne font pas exception à la règle, ça
va sûrement en surprendre plus d’un mais des études montrent que les gènes jouent un rôle
non négligeable dans l’explication des opinions politiques [13]. Attention, ces études ne veulent
pas dire qu’il existe un gène qui fait voter à gauche et un autre qui fait voter à droite. Elles
ne veulent pas dire non plus qu’on a tous un sens moral différent en fonction des gènes qu’on
a. Retenez simplement que l’environnement compris au sens large, qui inclut la culture et
l’éducation, n’est pas seul maître à bord pour déterminer les jugements moraux.
Et puisqu’on parle de gènes, on peut aussi évoquer le cas de la psychopathie, qui n’est
pas un trouble encore très bien compris, on ne sait pas exactement quels mécanismes mentaux
sont dysfonctionnels dans ce trouble, mais on sait en tout cas que la psychopathie a des bases
génétiques fortes [14, 15] et qu’elle se caractérise, entre autres, par des jugements moraux
atypiques.

Autres données qui ne sont pas bien expliquées par les théories culturalistes, c’est qu’on sait
faire la distinction entre différents types de normes. On fait la distinction entre des normes
qui ne seraient que des conventions et d’autres normes qui seraient plus que des conventions,
qui seraient des normes morales. Les enfants par exemple savent faire la différence entre des
normes conventionnelles, comme “il est interdit d’aller à l’école en pyjama”, et des normes
morales, comme “il est interdit de frapper un camarade”. Si vous demandez à un enfant si c’est
ok de venir à l’école en pyjama si la maîtresse a dit que c’était ok, il va vous répondre que
oui[16]. Mais si vous demandez à un enfant si c’est ok de frapper un camarade si la maîtresse a
dit que c’était ok de frapper un camarade, il va vous répondre que non, il va s’opposer à vous.
Si vous demandez à des enfants élevés dans un environnement très croyant si c’est ok de voler
si Dieu a dit que c’était ok de voler, ils vont aussi s’opposer à vous [17].

Il semblerait donc que l’on fasse la distinction entre des normes qui ne sont que des conventions
et qui pourraient donc changer si la convention changeait, et d’autres normes que l’on
appelle morales et qui elles ne sont pas négociables. En d’autres termes, il semblerait qu’on
ne puisse pas faire accepter n’importe quelle norme à nos cerveaux. Or dans une perspective
culturaliste, on ne comprend pas bien pourquoi toutes les normes ne seraient pas acceptées et
traitées de la même manière. Si les normes morales sont des normes comme des autres, c’est à
dire des normes socialement approuvées et internalisées, elles ne devraient pas avoir de statut
particulier.

Autres données qui ne sont pas bien expliquées par les théories culturalistes, c’est le fait
qu’on éprouve des émotions différentes quand on transgresse des normes différentes. Par exemple,
quand on marche au bord d’un précipice, on ressent de la peur ; quand on ne rembourse
pas ses dettes, on ressent de la culpabilité, et quand on se retrouve nu par hasard devant des
inconnus, comme ça ne m’est jamais arrivé, on ressent de la honte. Pourquoi on ressent des
émotions différentes en réponse à des normes qui auraient toutes la même origine sociale, c’est
quelque chose qu’il faut expliquer.

Alors c’est certain qu’on a tous déjà entendu “quelqu’un”, aka la “société”, dire un jour “il
faut rembourser ses dettes”, ou “il ne faut pas marcher au bord d’un précipice”, ou “ne te mets
pas à poil devant des inconnus”. Par contre je ne crois pas que la société nous ait jamais dit
“si tu ne rembourses pas tes dettes tu dois ressentir de la culpabilité ; si tu marches au bord
d’un précipice tu dois ressentir de la peur ; enfin, le jour où tu te retrouves à poil devant des
inconnus, la peur et la culpabilité c’est pas la peine par contre si tu pouvais ressentir un peu
de honte ce serait pas mal”. Dans une perspective culturaliste, si les normes morales sont des
normes internalisées comme les autres, il n’est pas très facile d’expliquer pourquoi ces normes
font ressentir des émotions différentes. C’est pas impossible à expliquer, mais il faut pour ça
complexifier la théorie.

Alors qu’au contraire, ces émotions différentes sont très facilement expliquées dans une
perspective naturaliste car on considère que ces différentes situations, marcher au bord d’un
précipice, ne pas rembourser ses dettes, se retrouver à poil devant des inconnus, ce sont des
menaces de nature différente et qui donc au cours de l’évolution ont nécessité des réponses
différentes et adaptées, amenées par des réponses émotionnelles différentes.

Autre ensemble de données, ce sont les modèles théoriques de biologie de l’évolution qui
montrent que l’évolution de comportements moraux par voie de sélection naturelle est plausible
en théorie. C’est à dire qu’on est capables, par ordinateur, d’identifier des conditions dans
lesquelles des comportements moraux sont favorisés et peuvent augmenter les chances de survie
et de reproduction [18] – je vous reparle de ça en détail plus loin dans la série.
Et puis je voulais rapidement dire un mot sur deux autres types de données qui sont parfois
utilisés comme arguments pour justifier les bases biologiques de la morale, mais qui pour moi
ne sont pas des bons arguments, ce sont les données qui viennent des neurosciences et de
l’éthologie.

Concernant les neurosciences, j’ai déjà entendu des gens dire que si jamais on observait des
zones du cerveau qui s’activent pendant qu’on produit un jugement moral, ça les convaincrait
que la morale a des bases biologiques. Alors on a bien des zones qui s’activent, on a déjà
souvent mis des gens dans un IRM pour observer ce que fait leur cerveau quand ils produisent
des jugements moraux [19], mais ce n’est pas un bon argument parce tous nos jugements, qu’ils
aient une origine biologique ou culturelle, passent par notre cerveau. C’est donc normal qu’on
voie des zones du cerveau qui s’activent, mais ça ne nous dit rien sur l’origine des jugements.
Et puis en ce qui concerne l’éthologie, certains chercheurs pensent qu’on a trouvé des choses
qui ressemblent à de la morale chez certains primates [20], mais je vous ai déjà expliqué dans
une autre vidéo pourquoi je pense que ce sont des déclarations un peu exagérées, même s’il
n’y a pas de doute que les animaux sont capables de plein de comportements pro-sociaux par
ailleurs [21].

Toutes les données dont je vous ai parlé proviennent d’expériences scientifiques récentes,
mais n’allez pas croire que l’idée d’une morale naturelle serait une idée récente, c’est même une
idée plutôt ancienne en philosophie – y font chier ces philosophes ils ont toujours déjà pensé à
tout. Par exemple le philosophe Mencius [22], qui traînait sa barbichette en Chine il y a plus de
2400 ans, suggère que notre cerveau fait la différence entre le bien et le mal aussi naturellement
qu’il fait la différence entre le rouge et le bleu. Plus tard, ce sont les philosophes écossais du
XVIIIe siècle comme Shaftesbury, Hutcheson, Butler ou Smith [23, 24], qui vont reprendre un
peu les mêmes éléments de langage et comparer le sens moral à un organe mental. Comme le
coeur ou le foie sont des organes qu’on a dans le corps, le sens moral serait un organe qu’on a
dans le cerveau, au même titre que le sens de la vue, le sens de l’odorat ou le sens du goût.
Et cette métaphore de l’organe mental est intéressante parce qu’elle résonne avec une vision
moderne que l’on a du cerveau : le fait que notre cerveau ne serait pas constitué d’un algorithme
général qui sait tout faire à la fois, parler, compter, mémoriser, avoir des émotions, etc,
mais au contraire d’un ensemble d’algorithmes, qu’on appelle parfois modules, qui sont chacun
spécialisés dans une tâche bien précise [25–27].

Et il existe des critères qui permettent de suspecter la présence d’un tel module, ce sont
entre autres la rapidité, l’automatisme, la spécificité et le caractère inconscient. La vue par
exemple semble posséder tous ces critères. Le sens de la vue est rapide, quand vous ouvrez
les yeux vous voyez immédiatement. Le sens de la vue est automatique, quand vous ouvrez
les yeux, vous ne pouvez pas vous empêcher de voir ce qui vous entoure, vous ne pouvez pas
décider de voir rien. Le sens de la vue est inconscient, vous n’avez pas accès aux calculs que fait
votre cerveau pour transformer les signaux électriques qu’il reçoit de l’oeil en images. Enfin,
le sens de la vue est spécifique, c’est à dire qu’il n’est activé que par des stimuli spécifiques,
des ondes électromagnétiques de longueur d’onde très limitée comparé à toutes les longueurs
d’onde qui existent dans l’univers.

Et bien ce que nous faisaient déjà remarquer les philosophes écossais du XVIIIe, c’est que
le sens moral semble posséder les mêmes caractéristiques, et c’est bien pour ça qu’il mérite
son appellation de “sens” moral. Le sens moral est rapide, quand je vous demande si c’est
ok de laisser se noyer un enfant vous n’avez pas besoin de réfléchir pendant des heures pour
donner votre réponse – sauf si vous êtes utilitariste, mais on va laisser ce problème de côté pour
l’instant. Le sens moral est automatique, vous ne pouvez pas vous empêcher de considérer la
situation de l’enfant qui se noie devant vous comme une situation morale, une situation dans
laquelle un problème moral se pose. Et le sens moral est inconscient, vous n’avez pas accès aux
calculs que votre cerveau fait pour déterminer que laisser se noyer un enfant est mal, vous avez
juste accès au résultat final, que c’est mal. Même si c’est vrai que dans certaines situations on
est capables d’avancer des justifications pour nos jugements moraux, souvent ces justifications
ne sont que des rationalisations post hoc [28], et dans bien d’autres cas on est complètement
incapables de justifier nos jugements moraux [29–31] – on sait que quelque chose est mal, sans
pouvoir dire pourquoi c’est mal.

Ce sont toutes ces caractéristiques de la morale qui expliquent pourquoi beaucoup de
chercheurs en psychologie aujourd’hui supportent un modèle qu’on appelle modèle intuitionniste
de la morale. Quand vous entendez un chercheur parler d’intuitions morales, un terme
popularisé par Jonathan Haidt [32], c’est généralement de ça qu’il veut parler, de jugements
moraux qui sont rapides, inconscients, automatiques, et probablement produits par un organe
mental qui a été sélectionné au cours de l’évolution.

Arrivés à ce point je voudrais quand même préciser une subtilité, qui j’espère pourra être
comprise par vos cerveaux d’abonnés, c’est qu’on peut aussi produire des jugements moraux
de façon non-automatique et consciente, après avoir réfléchi pendant des heures. Tous ceux
qui ont fait de la philosophie morale ou de la philosophie politique le savent. En fait notre
cerveau peut faire les deux, il peut produire des intuitions morales rapides et inconscientes,
mais il peut aussi produire des réflexions morales moins rapides et délibérées. Cette distinction
entre intuitions et réflexions est une distinction importante sur laquelle je reviendrai, mais en
première approximation, on peut considérer que la morale à laquelle on est confrontés dans la vie
de tous les jours, la morale de monsieur et madame tout le monde, ce sont des intuitions rapides,
automatiques et inconscientes produites sans avoir eu besoin de réfléchir particulièrement [29,
32].

Si on résume, les humains commencent à faire la différence entre des situations justes et
injustes très tôt, âgés de quelques mois seulement ; malgré la variabilité apparente des jugements
moraux tout autour du globe, on arrive à trouver des régularités morales derrière cette
variabilité ; les études de jumeaux nous apprennent que la génétique a son mot à dire dans
l’explication des jugements moraux ; les humains font la différence entre des normes qui seraient
de simples conventions et d’autres normes qui seraient spécifiquement morales ; la transgression
de normes différentes nous fait ressentir des émotions différentes ; les modèles mathématiques
et informatiques de biologie de l’évolution nous montrent que l’évolution de la morale par voie
de sélection naturelle est possible ; enfin, les jugements moraux ont des caractéristiques qui
ressemblent aux caractéristiques d’un organe mental évolué biologiquement.
Voilà quelques-unes des données qui vont dans le sens de l’hypothèse d’un cerveau précâblé
à la naissance pour produire des jugements moraux. Je ne vous demande bien sûr pas
d’être convaincus par ces données, c’est pas du tout mon but, vous en faites ce que vous voulez
de ces données, vous ajustez vos curseurs de croyance comme vous voulez. Mais je pense
qu’au minimum, vous pourriez reconnaître que l’hypothèse naturaliste ne peut pas être balayée
d’un revers de la main comme c’est souvent fait, et que l’hypothèse culturaliste a en retour
des difficultés à expliquer certaines données. En tout cas, beaucoup de chercheurs ont choisi
de faire de l’hypothèse naturaliste leur cadre de travail, un choix d’autant moins surprenant
que l’hypothèse naturaliste, rappelons-le, ne nie aucunement l’importance de la culture pour
expliquer les jugements moraux, elle se contente de faire remarquer que la biologie a aussi son
mot à dire. Grâce au naturalisme, vous pouvez ne garder que le meilleur de toutes les théories,
plus besoin de devoir choisir entre tiramisu et mousse au chocolat, vous pouvez prendre tiramisu
à la mousse au chocolat.

Et vous remarquerez au passage qu’adopter la perspective naturaliste permet d’expliquer
une des caractéristiques bizarres de la morale qu’on a vue dans la première vidéo, le fait qu’on
a parfois l’impression que la morale ne dépend pas de nous, qu’elle existe en-dehors de nous.
En fait, la morale est bien produite par notre cerveau, mais comme elle est le résultat de
processus rapides, inconscients et automatiques, de processus sur lesquels on n’a pas la main
entre guillemets, on a l’impression que la morale a une existence indépendante de nous. C’est
un peu comme avec les illusions d’optique, quand on voit ces deux lignes intuitivement on est
sûrs à 100% qu’elles n’ont pas la même longueur, que c’est une vérité objective et universelle
qui ne dépend pas de nous. Et pourtant, ces deux lignes ont bien la même longueur, et si
nous nous trompons c’est parce que notre cerveau interprète le monde autour de nous sans
nous demander notre avis. Et comme il le fait de façon rapide et inconsciente et qu’il ne nous
fournit que le résultat de ses calculs, il est très dur de se rendre compte de la supercherie. C’est
peut-être une évidence à dire, mais il est très dur de penser en-dehors de son cerveau.
Et c’est le même genre de procédé qui expliquerait pourquoi la morale nous paraît exister
de façon objective en-dehors de nous. La morale est produite tellement naturellement et insidieusement
par notre cerveau qu’il est très dur d’imaginer qu’elle puisse n’exister que dans
notre cerveau.

Avant de refermer cette vidéo, je me dois de dire un mot sur un troisième ensemble de
théories descriptives de la morale, en plus des théories naturalistes et culturalistes, ce sont ce
qu’on appelle les théories rationalistes ou théories du choix rationnel. Ces théories postulent
que les humains en viennent à produire des jugements moraux non pas à cause d’un sens moral
évolué ou de l’internalisation de normes de la société, mais simplement parce qu’ils raisonnent.
Si vous avez entendu parler des travaux de Kohlberg, Piaget, Turiel, c’est de ça qu’il s’agit [33,
34]. Selon ces chercheurs, tout ce dont les enfants ont besoin pour développer leur morale, c’est
de pouvoir interagir suffisamment les uns avec les autres, de pouvoir expérimenter le monde,
comprendre où se situent les intérêts des uns et des autres, et ainsi ils finiront par assimiler
que frapper quelqu’un c’est mal par exemple parce qu’ils auront compris qu’on éprouve de la
douleur quand on est frappé. Ces rationalistes font remarquer que le meilleur moyen de faire
comprendre à un enfant les lois qui régissent le mouvement des liquides, ce n’est pas de lui
donner un cours de mécanique des fluides, mais de le laisser jouer pendant une heure avec un
verre et un seau d’eau – et en plus, ça évite d’avoir à lui acheter le dernier dragon ball z, ils
avaient tout compris ces rationalistes. Par analogie, pas besoin d’apprendre explicitement aux
enfants ce qui est bien ou mal, ils le découvriront par eux-mêmes. À l’âge adulte, la morale
continue à être comprise comme un produit du raisonnement – une hypothèse séduisante quand
on sait qu’on passe une grande partie de nos journées à essayer de justifier nos jugements
moraux, allez faire un tour sur Twitter si vous ne me croyez pas.. Si on agit de façon morale en
public par exemple, c’est parce qu’on fait le calcul qu’en se comportant ainsi notre réputation
sera améliorée.

Les théories rationalistes étaient très populaires dans les années 60-70-80, mais elles sont
aujourd’hui un peu tombées en désuétude, en faveur du modèle intuitionniste dont je vous
parlais [32]. L’argument du temps passé à justifier nos jugements moraux ne compte plus
vraiment, parce qu’on considère aujourd’hui qu’une grande partie de ces justifications sont des
rationalisations a posteriori. Les intuitions d’abord, la rationalisation de ces intuitions ensuite.
Et puis les théories rationalistes ne sont pas plus fortes que les théories culturalistes pour
expliquer certaines des données que je vous ai présentées dans cette vidéo, comme la rapidité
des jugements moraux, les expériences de jumeaux, ou le fait qu’il existe beaucoup de situations
dans lesquelles on est incapables de justifier nos jugements moraux…

Voilà, cette vidéo est maintenant terminée, pour de vrai, dans la prochaine vidéo, on répond
en détail à la question que tous les culturalistes se posent : si la morale a effectivement des
bases biologiques, comment expliquer qu’elle varie si fortement de par le monde ? Je vous ai
déjà donné des éléments de réponse dans cette vidéo, mais on précisera tout ça, parce que je
sais que c’est un point bloquant pour énormément de monde, alors autant en parler tout de
suite. Et puis dans un sens, vous avez bien raison les culturalistes. Parce qu’accepter l’idée
d’un sens moral évolué biologiquement, cela veut quand même dire supposer l’existence d’un
même sens moral dans chaque représentant de l’espèce humaine, tout comme le sens de la vue
est le même chez tous les humains.

Pensez donc à votre pire ennemi, pensez à un gros beauf de droite si vous votez à gauche,
ou à un sale gauchiste si vous votez à droite. Dans la prochaine vidéo, l’hypothèse que je vais
défendre, c’est que vous avez le même sens moral que cette personne que vous haïssez. Dans la
prochaine vidéo, je vous explique pourquoi selon moi, ça a du sens de dire que *vous* avez le
même sens moral que Donald Trump.

Bien sûr comme d’habitude n’hésitez pas à vous abonner à cette chaîne si c’est pas déjà fait
et à partager cette vidéo avec vos ami·e·s qui sont convaincus à 100% de savoir d’où vient leur
morale, cette vidéo est faite pour eux.

Références

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8 réactions à “Sommes-nous pré-câblés pour être moraux ? – morale #2”

  1. yama

    5 Jun 2019

    à 12:00

    Il manque la source du gif “rageux sur son clavier”. je sors.

    Reply to this comment
  2. Roland

    12 Jun 2019

    à 12:00

    Bonjour,
    Je ne suis personne et ne suis que de passage. Je viens de regarder tes deux vidéos et je suis séduit par votre hypothèse. Elle inclut effectivement les apports d’une approche culturaliste. J’ai deux questions :
    -l’hypothèse naturaliste possède t elle des limites ?
    -Mes quelques recherches sur le net avec pour mots clefs ( Naturaliste ; Morale) me renvoie a des définitions de la morale naturaliste qui m’a plus troublé et rendu confus . Pouvez vous déblayer le pallier pour moi svp ?

    Reply to this comment
    • Stéphane

      25 Jul 2019

      à 12:00

      bonjour,

      – qu’appelez-vous une limite ?
      – attendez la fin de ma série ce sera peut-être plus clair

      Reply to this comment
  3. Roland

    30 Jul 2019

    à 12:00

    Bonjour,
    Votre troisième vidéo définit clairement l’approche naturaliste. Merci.

    Je reformule ma question en essayant d’utiliser vos mots :
    L’approche naturaliste explique t’elle tout ? autrement dit, y a t il des comportements moraux qui échappent encore à l’hypothèse de l’existence d’un sens morale ?

    J’attends avec impatience votre prochaine vidéo.

    Cordialement

    Reply to this comment
    • Stéphane

      17 Aug 2019

      à 12:00

      Ça ça dépend des chercheurs. Il y en a qui pensent que l’approche naturaliste explique plus ou moins tout. Et d’autres non, qui insistent beaucoup sur la culture.

      Reply to this comment
  4. Pierre M.

    1 Aug 2019

    à 12:00

    Merci pour cette vidéo passionnante, dont je regrette seulement la conclusion hâtive: tu sembles dire (mais je n’exclus pas de t’avoir mal compris) que l’existence d’une base biologique de nos jugements moraux va à l’encontre de la thèse de l’objectivité de la morale. Ce n’est toutefois pas le cas (et ce, même si cette base biologique est le résultat d’un processus évolutif): l’existence d’une base biologique de la morale et l’objectivité de la morale sont des thèses COMPATIBLES. Pour prendre une analogie, ce n’est pas parce que notre sens thermique a une base biologique que la chaleur n’a pas d’existence objective. Si demain nous nous retrouvions tous privés de notre sens thermique, la chaleur continuerait d’exister en tant que phénomène physique.

    Reply to this comment

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