Vous avez un deuxième système immunitaire – psycho évo #4

714 lectures. Publié le 22 June 2021 par dans la catégorie Cognition, Emotions, Nourriture, Psychologie évolutionnaire

Vous avez un deuxième système immunitaire – psycho évo #4

Présentation du système immunitaire dont on ne parle jamais, mais qui est pourtant ô combien important !

Transcription de la vidéo pour ceux qui préfèrent le texte :

Vous avez un deuxième système immunitaire. Voilà l’idée que je voudrais qu’on examine
ensemble aujourd’hui. À côté du système immunitaire que vous connaissez tous et que vous
avez étudié à l’école, les leucocytes, les lymphocytes, et toutes ces petites conneries qui vous
sauvent la vie chaque jour, vous auriez un deuxième système immunitaire qui lui n’est pas
physiologique mais comportemental. Ce système immunitaire serait un programme cognitif
dont le rôle serait le même que celui du système immunitaire classique, c’est à dire éviter qu’on
tombe malades, mais lui assurerait cette fonction par la production de comportements plutôt
que par la production de globules blancs et d’anticorps. Et le plus incroyable, c’est que ce
programme cognitif, vous le connaissez tous, vous l’avez devant les yeux depuis des années, il
s’appelle…

[générique]

Il s’appelle le dégoût. L’hypothèse qu’on va examiner aujourd’hui, c’est que cette sensation
de dégoût que vous avez déjà tous ressenti, face à une pomme pourrie, un cadavre en décomposition
ou un manuel de géologie, c’est une sensation produite par un programme cognitif
qui aurait évolué pour nous éviter le plus possible d’entrer en contact avec des pathogènes
dangereux. L’idée serait que la sélection naturelle, en plus de nous avoir équipé d’un système
immunitaire *physiologique*, nous aurait équipé d’un système immunitaire *comportemental*
[1]. Le sens du dégoût serait une adaptation prophylactique si vous voulez, une adaptation
dont la fonction évolutionnaire est de minimiser les chances que l’on tombe malade. Dans la
dernière vidéo, on a beaucoup parlé d’adaptation, mais on a très peu parlé de psychologie. Dans
cette vidéo, je vous propose de parler d’adaptation en psychologie spécifiquement, d’étudier ce
que donne l’application du programme adaptationniste à la psychologie humaine.

1.1 Justification théorique

D’abord, la première chose dont il faut se rendre compte, c’est que cette hypothèse d’une
fonction prophylactique du dégoût est compatible avec la théorie moderne de l’évolution. Pas
besoin d’être un génie pour comprendre en quoi éviter les pathogènes augmente les chances de
survie et de reproduction, mais c’est important de mentionner le lien avec l’évolution, parce
que comme je vous le disais dans ma vidéo d’introduction, parfois en psychologie c’est un peu le
far west en ce qui concerne la génération d’hypothèses. On se demande parfois si les chercheurs
ne travaillent pas un peu sous l’emprise de psychotropes. Et le dégoût n’y fait pas exception
puisque rien qu’au cours du XXe siècle, on a postulé qu’il était la manifestation d’un « surplus
de vie », d’une « fascination pour la mort» [2], un moyen de ne pas menacer l’ordre social [3],
ou un moyen d’oublier que nous ne sommes que des animaux [4]. En psycho évo, le cadre est
déjà restreint, c’est pas possible de suggérer des explications qui ne soient pas motivées par une
analyse évolutionnaire, et même si ça laisse encore pas mal de place à l’imagination, ça limite
le champ des possibles, et ça permet de construire sur un cadre théorique qui n’a plus à faire
ses preuves.

Parfois en plus de dire quel problème évolutionnaire une capacité cognitive vient résoudre
il faut en plus montrer que ce problème s’est avéré important pour nos ancêtres, mais là dans
le cas du dégoût personne ne va remettre en question l’idée que l’humain a évolué dans un
environnement où de nombreux pathogènes existaient, et que ces pathogènes faisaient peser
une menace pour notre survie. Même si la plupart des maladies infectieuses s’attaquent aux
tissus mous et ne laissent pas de traces sur les squelettes, les paléontologues s’accordent pour
dire qu’elles ont toujours été présentes dans notre passé et qu’elles expliquent par exemple tous
les squelettes d’enfants en bas âge retrouvés lors de fouilles [5, 6]. Aujourd’hui encore d’ailleurs,
les maladies infectieuses sont la cause de mort principale chez les chasseurs-cueilleurs [7].
Et puis on peut être certains que les pathogènes ont constitué une pression de sélectionUne pression de sélection est une contrainte environnementale qui va "pousser" une espèce à évoluer dans une direction donnée.

Par exemple, de nos jours, l'utilisation massive d'antibiotiques est une pression de sélection qui pousse les bactéries à devenir résistante. Il ne s'agit pas de dire que les bactéries voyant arriver une vague d'antibiotiques se mettent à produire des adaptations leur permettant de résister (dans le sens où les bactéries contrôleraient de façon consciente la façon dont elles évoluent), mais simplement de dire que c'est parce qu'il y a utilisation massive d'antibiotiques que les bactéries deviennent résistantes (celles qui ne le sont pas meurent et ne reste plus que dans la population les bactéries résistantes).

Ces pressions de sélection peuvent provenir de l'environnement au sens large : il peut s'agir de l'environnement physique (climat, géographie...), animal (prédateurs, nourriture...), social (partenaires sexuels, alliances, ...).

Quelques autres exemples de pressions de sélection :

- la nécessité de réguler sa température corporelle est une pression de sélection expliquant l'apparition de glandes sudoripares (et autres moyens thermorégulateurs).
- la nécessité de se déplacer facilement dans l'eau est une pression de sélection expliquant le profil hydrodynamique partagé par tous les poissons.
- la compétition entre mâles pour l'accès aux femelles dans les espèces polygynes est une pression de sélection expliquant la différence de masse corporelle entre mâles et femelles (les mâles les plus gros et forts gagnent leurs combats et se reproduisent plus, tandis qu'être gros et fort ne bénéficie pas aux femelles).
- la richesse énergétique des aliments sucrés et gras est une pression de sélection expliquant l'apparition d'un goût pour ces aliments chez l'homme.
- etc...

importante au cours de notre histoire évolutive puisque nous sommes tous équipés d’un système
immunitaire physiologique. Et en plus, ce système est extrêmement coûteux. La fièvre par
exemple, qui est une des stratégies utilisées par notre corps pour lutter contre les pathogènes,
demande énormément d’énergie. On estime que pour augmenter notre température corporelle de
1 degré seulement il faut une augmentation de 13% du métabolisme [8], c’est vraiment énorme.
Et puis pendant que vous avez de la fièvre, vous ne pouvez pas faire grand-chose d’autre, ce qui
la rend encore plus coûteuse. Un système immunitaire comportemental serait en théorie moins
coûteux car il s’agit d’un système préventif avant tout, et comme le sait bien la sécurité sociale,
la prévention coûte moins cher que l’action curative. Notre système immunitaire classique est
un moyen de se débarrasser des pathogènes *une fois qu’ils sont déjà entrés dans notre corps*,
quand un système immunitaire comportemental aurait pour but de ne pas les laisser entrer du
tout.

Donc rien qu’une analyse évolutionnaire théorique rapide rend l’idée d’un programme cognitif
évolué pour nous protéger des maladies pas débile du tout. Comme dirait un bayésien, la
probabilité a priori n’est pas ridiculement faible, avant même d’avoir commencé à regarder les
données.

Mais passons aux données. Ce qu’on veut faire en regardant les données, c’est la même
chose que ce qu’on a fait dans la dernière vidéo en ce qui concerne le mug, on veut évaluer
la correspondance qu’il existe entre un design et une fonction, entre le design du dégoût et sa
fonction prophylactique supposée. On va essayer d’estimer l’efficacité, la précision, la parcimonie
et la fiabilité du dégoût pour nous tenir éloignés des pathogènes. Et comme je vous l’expliquais
dans la dernière vidéo, on peut faire ça soit en réinterprétant des données existantes, c’est à
dire en évaluant le pouvoir explicatif de l’hypothèse, soit en générant et testant de nouvelles
prédictions, c’est à dire en évaluant le pouvoir prédictif de l’hypothèse.

1.2 Pouvoir explicatif

Commençons par la réinterprétation de données existantes. C’est Darwin le premier qui en
1872 nous fait remarquer que l’expression faciale liée au dégoût semble adaptée pour nous faire
recracher tout de suite des aliments. « Le dégoût extrême est exprimé par des mouvements de
la bouche identiques à ceux préalables à l’acte de vomir. La bouche est ouverte en grand, avec
la lèvre supérieure fortement rétractée. » [9]. [photos originales]

Une expression de dégoût encore plus prononcée c’est celle-là [exemple], où la langue est
carrément tirée, comme pour recracher tout de suite un aliment. Cette expression faciale liée
au dégoût a l’air d’être universelle, en tout cas elle a été reconnue dans toutes les cultures
que l’on a testées jusqu’ici [10], et chose intéressante, elle est produite même par les aveugles
de naissance [11]. Les aveugles de naissance sont capables de produire cette expression faciale
de dégoût, ce qui semble montrer qu’elle n’est pas le résultat d’une simple imitation d’une
expression que l’on aurait vu quand on était petits. Enfin, mis à part cette expression faciale,
la manifestation physiologique associée le plus souvent au dégoût, c’est la nausée, l’envie de
vomir. Et vomir permet précisément de faire sortir de notre corps une substance ingérée qui
pourrait s’avérer dangereuse, par exemple parce qu’elle contiendrait des pathogènes.
Si le dégoût avait pour fonction de nous tenir éloignés des choses qui rendent malade, on
devrait aussi s’attendre à ce que les choses qui nous dégoûtent soient des choses qui contiennent
effectivement des pathogènes. C’est bête à dire, mais si vous postulez que le dégoût a une fonction
prophylactique mais que les humains ressentent du dégoût devant des choses pas du tout
dangereuses, en voyant passer une étoile filante ou en écoutant du Francis Cabrel par exemple,
votre hypothèse est déjà mal barrée. Il faut donc s’assurer que le dégoût est effectivement généralement
évoqué par des choses qui contiennent des pathogènes, ce qui semble bien être le
cas [12-14]. Les choses qui évoquent le plus souvent du dégoût sont des substances comme les
excréments, le sang ou le vomi, et de façon générale toute substance qui sort du corps ; la viande
en décomposition, les cadavres ; les insectes, les vers, les limaces, les rats, les pous ; les lésions
sur le corps, en particulier celles qui ont l’air d’être infectées ou purulentes ; les personnes qui
ont l’air de ne pas être très portées sur l’hygiène ; et toute nourriture qui a l’air périmée ou
pourrie.

Normalement rien que d’avoir écouté cette petite énumération, vous devriez vous sentir
un peu moins dans votre assiette. Les plus sensibles d’entre vous ont peut-être même eu un
haut-le-coeur. Plutôt que de me maudire intérieurement, remerciez-moi de ne pas avoir ajouté
d’images. Ce qui est important de remarquer, c’est que même si tous ces éléments qui nous
inspirent du dégoût sont très divers – on parle d’animaux, d’humains, d’objets, de nourriture –
ils ont tous la particularité d’être liés à des pathogènes d’une façon ou d’une autre. Les liquides
corporels sont des vecteurs de maladie, tout comme les cadavres, les insectes, les rats, les plaies,
ou la nourriture en décomposition. Si quelqu’un avait voulu créer un programme cognitif dans
le but de nous tenir éloignés des pathogènes, il aurait été très bien inspiré de nous faire ressentir
de l’aversion pour tous ces stimuli. Non seulement ça, mais on observe aussi une corrélation
positive entre ces stimuli et le dégoût, c’est à dire que plus un stimulus est associé à un fort
risque d’infection, plus ce stimulus va être trouvé dégoûtant [15].
Si le dégoût était une adaptation évoluée par sélection naturelle, on devrait aussi retrouver
une certaine forme d’universalité dans les jugements de dégoût. Les adaptations sont en effet
généralement communes à toute une espèce, puisque que par définition elles ont pour effet
d’augmenter la fitness et qu’elles vont se répandre au cours du temps. Par contre, les expériences
qui recherchent de l’universalité sont toujours assez dures à interpréter, parce que même en
supposant l’existence d’un programme cognitif universel on s’attendra toujours à trouver des
variations d’une société à l’autre ou même d’une personne à l’autre. Exactement comme dans
le cas de la morale, je vous renvoie à ma vidéo sur les bisounours, et je reviendrai sur ce point
en fin de vidéo [vidéo bisounours]. Dans le cas du dégoût je trouve qu’on manque un peu de
données interculturelles, mais au moins de façon grossière il semblerait que ce soient toujours
les même stimuli que j’ai cités précédemment, les cadavres, la nourriture pourrie, les liquides
corporels, etc, qui évoquent du dégoût partout dans le monde [15, 16].

Le dégoût vu comme un système immunitaire permet aussi d’expliquer pourquoi on est
dégoûtés non seulement par les objets qui contiennent des pathogènes mais aussi par des objets
qui ont été en contact avec ces premiers, même après un contact très bref. Si je fais marcher un
cafard sur votre part de gâteau, ne serait-ce que pendant 1/2s, vous allez sûrement trouver ça
dégueulasse et refuser de finir votre gâteau, même si je vous dis que j’avais bien stérilisé mon
cafard auparavant [17]. Et vous ne l’avez sûrement pas remarqué, mais cette propriété du dégoût,
d’être transferé de façon immédiate et irréversible d’un objet à un autre, est très intéressante,
parce que ce n’est pas une propriété qu’on retrouve partout dans le monde physique. Quand
vous mettez en contact une éponge mouillée avec une éponge sèche par exemple, l’éponge sèche
ne devient pas humide immédiatement. Il faut souvent attendre un certain temps pour que
les propriétés d’un objet soient transférées à un autre objet par simple contact. Et certaines
propriétés, comme la couleur, ne se transmettent pas du tout par simple contact. Si vous collez
un objet bleu à un objet orange, l’objet orange ne devient pas bleu.
Mais le dégoût, lui, se transmet immédiatement d’un objet à un autre même après un contact
très bref, et c’est évidemment quelque chose de très pertinent pour un système qui aurait pour
but de nous protéger des pathogènes, parce que les pathogènes passent d’un objet à un autre
immédiatement par simple contact.

Dans un sens, on peut dire que nous avons dans notre cerveau une sorte de « théorie des
germes intuitive ». Si vous vous rappelez l’avant-dernière vidéo, je vous disais qu’on nait avec
un cerveau qui fait des présuppositions sur la manière dont le monde fonctionne. Que même
s’il a fallu que l’humanité attende des siècles pour disposer d’une théorie qui lui permette de
comprendre les mouvements des objets, les bébés sont déjà équipés d’une physique intuitive
qui leur permet de faire ça intuitivement. Là c’est la même chose mais avec le dégoût. Même
s’il a fallu attendre Pasteur et le XIXe siècle pour que l’on dispose d’une théorie des germes
satisfaisante, cette propriété du dégoût de se transférer immédiatement et irréversiblement d’un
objet à un autre constitue déjà une forme de théorie des germes *intuitive*. C’est à dire que
même si certaines populations de chasseurs-cueilleurs actuelles ignorent encore que les maladies
sont transmises par des germes microscopiques invisibles à l’oeil nu, leur sens du dégoût les fait
se comporter comme si elles le savaient déjà.

Ca illustre aussi un autre truc que je vous disais dans cette même avant-dernière vidéo,
que l’on devrait donner plus d’importance à la théorie de l’évolution pour décider si un comportement
est « rationnel » ou pas. Penser que les propriétés d’un objet peuvent se transférer
à un autre objet par simple contact, c’est irrationnel dans beaucoup de situations, parce que
beaucoup de systèmes physiques ne fonctionnent pas comme ça, mais c’est par contre tout à
fait rationnel dans le cas des pathogènes. Le sens du dégoût possède sa propre rationalité si
vous voulez, et on retombe sur l’importance de l’idée de spécialisation fonctionnelle. La spécialisation
fonctionnelle permet de faire en sorte que chaque programme cognitif que l’on a dans
la tête ait sa propre logique, ses propres suppositions sur le monde, ses propres critères de ce
qui est rationnel, ou plus exactement ses propres critères de ce qui est adaptatif.

Un autre truc rigolo avec le dégoût c’est qu’il peut s’appliquer à des choses dont on sait
pertinemment qu’elles ne sont pas contagieuses. Par exemple, beaucoup de personnes refuseront
de manger un chocolat en forme de crotte de chien, ou en forme de cafard [17], alors qu’on sait
très bien qu’il ne présente aucun danger. C’est une particularité bizarre si vous pensez que
le dégoût vient d’un raisonnement conscient, et que l’on calcule en permanence la probabilité
d’être infecté par tel ou tel objet à partir de nos connaissances en médecine sur ce qui est
pathogène ou pas. Dans une perspective évolutionnaire, ce genre de « dysfonctionnement » est
moins surprenant, à cause du concept d’exécution d’adaptation dont je vous ai déjà parlé. On
est probablement dans la même situation que face à la cuisine d’Etchebest à la télé, on est face
à un stimulus, la nourriture en forme de cafard, qui normalement n’existe pas dans la nature,
et donc notre sens du dégoût « se fait avoir » et agit de façon non optimale parce qu’il n’a pas
évolué pour répondre à ce genre de stimulus. Pour ceux qui font un peu de machine learning,
c’est comme si vous aviez entraîné un modèle à différencier des images, mais que dans vos
données d’entraînement il n’y avait que des chats et des avions, et dans vos données test des
chats, des avions mais aussi des chiens. Les chiens seront sûrement catégorisés comme des chats,
ce qui est une erreur à strictement parler mais une erreur très compréhensible vu la façon dont le
modèle a été entraîné. Ça rejoint donc aussi ce que je vous disais dans la vidéo précédente, qu’on
n’a pas besoin de supposer que nos adaptations psychologiques sont parfaitement optimisées.

La sélection naturelle construit avant tout des trucs qui fonctionnent en moyenne sur toute une
vie, pas des trucs qui fonctionnent parfaitement dans toutes les situations, et encore moins si
ces situations sont des anomalies statistiques dans notre histoire évolutive.

Voilà donc ce qu’on peut faire en termes de réinterprétation de choses qu’on savait déjà pour
apporter un peu de crédit à l’hypothèse d’une fonction prophylactique du dégoût. Notez que
la réinterprétation de choses qu’on savait déjà, on a l’habitude de la dénigrer, d’appeler ça du
raisonnement post-hoc et de la vouer aux gémonies de la citadelle Zététique, mais ça vaut pas
non plus zéro épistémiquement parlant. Même si j’imagine que je n’ai appris à personne quelle
était l’expression faciale associée au dégoût, j’imagine que certains d’entre vous n’avaient jamais
remarqué que cette expression est extrêmement fonctionnelle pour recracher des aliments. Même
si j’imagine que la plupart d’entre vous refuseront de manger un aliment qui a été en contact ne
serait-ce qu’une demi-seconde avec un excrément, j’imagine que beaucoup d’entre vous n’auront
jamais remarqué que c’est une propriété bizarre d’une certaine façon, en tout cas non applicable
à tous les systèmes physiques. Si certains d’entre vous se sont dits « bon sang mais oui bien sûr
» en m’entendant parler de tout ça, bienvenue au club, c’est une réaction typique de celle que
vous pouvez ressentir quand vous faites de la biologie de l’évolution, parce que l’évolution est
la théorie qui donne du sens à tout en biologie, comme le disait Dobzhansky [18]. Si je devais
voter pour une devise qui représente la biologie de l’évolution, ça serait sûrement ça, « bon
sang mais oui bien sûr », ou alors « diantre, que n’y avais-je pensé plus tôt », qui est aussi la
réaction qu’on peut ressentir quand on entend parler de la sélection naturelle pour la première
fois.

Mais bref, je m’égare. Ce que je voulais dire, c’est que si on a généralement tendance à
donner moins de valeur au pouvoir explicatif qu’au pouvoir prédictif, ce pouvoir explicatif ne
vaut pas rien non plus. Mais passons maintenant au pouvoir prédictif.

1.3 Pouvoir prédictif

Une prédiction intéressante que l’on peut faire c’est sur la variabilité du dégoût entre différentes
personnes. Une analyse évolutionnaire nous dit que tout le monde ne devrait pas en
permanence être dégoûté de la même façon. En particulier, ceux qui ont le plus à perdre à être
exposés aux pathogènes devraient être plus facilement et rapidement dégoûtés que les autres.
Et cette prédiction peut être testée, en testant le dégoût de personnes qui ont plus à perdre à
tomber malade. Chez les humains, une population toute trouvée ce sont les femmes, parce qu’à
cause de la grossesse et de l’allaitement, c’est à dire à cause du lien physiologique étroit entre
une mère et son enfant, la probabilité de transmission d’une maladie d’une mère à ses enfants
est plus grande que celle d’un père à ses enfants. Y’a d’autres raisons qui expliquent pourquoi
on s’attend à ce que les femmes aient plus à perdre que les hommes à tomber malade [19], mais
la raison la plus simple à comprendre pour des cerveaux comme les vôtres c’est celle-là. Si notre
hypothèse prophylactique du dégoût est vraie, on peut donc prédire que la sélection naturelle
aura rendu les femmes plus sensibles aux stimuli dégoûtants que les hommes.

Et cette prédiction a été confirmée de nombreuses fois : pour un même stimulus, les femmes
sont beaucoup plus rapidement ou fortement dégoûtées que les hommes [14, 19]. Au passage,
vous remarquerez qu’en plus de commencer à nous apprendre des choses sur la psychologie
humaine, cette prédiction permet aussi de départager différentes hypothèses. Le fait que les
femmes soient plus rapidement dégoûtées que les hommes, c’est une prédiction qui découle
naturellement d’une analyse évolutionnaire, mais pas une prédiction qui découle naturellement
d’une théorie qui postulerait que ce qu’on trouve dégoûtant nous vient uniquement de notre
éducation. Ou alors, il faudrait postuler que l’on enseigne à nos petites filles d’être plus dégoûtées
que nos petits garçons, ce qui complexifie le truc et reste bien sûr à être démontré.

La théorie de l’évolution fait aussi des prédictions sur les variations de dégoût au cours de la
vie d’un même individu, toujours dans la même logique que celle que je viens de vous présenter :
on s’attend à ce que le dégoût soit renforcé aux moments de notre vie où il est plus coûteux,
en termes de fitness, de tomber malade. Un des moments où il est plus coûteux de tomber
malade, pour un humain, c’est pendant la grossesse. Non seulement parce c’est une période
développementale sensible pour le foetus pendant laquelle il faut absolument lui éviter d’être
exposé à des toxines, mais aussi parce que le système immunitaire de la femme enceinte est un
peu moins performant en début de grossesse, parce qu’il a été modifié pour éviter de reconnaitre
le foetus comme un corps étranger [20-22]. Un dégoût efficace devrait donc se renforcer au début
de la grossesse, pour protéger la femme enceinte et son foetus, et c’est exactement ce qu’on
observe [23].

Autre prédiction que l’on peut faire sur la plasticité du dégoût au cours d’une vie : comme
être facilement dégoûté n’a pas que des avantages, c’est à dire que si vous êtes dégoûté par
tout vous ne mangez plus rien et vous mourez, on peut s’attendre à ce que le dégoût soit moins
exprimé quand son rapport bénéfices/risques diminue [24, 25]. On peut donc prédire que dans
des situations où manger devient vital, le sens du dégoût sera moins activé. Ce qui explique ce
genre de comportement par Bear Grylls [presse une bouse pour en boire le jus], alors que vous
devant votre télé le ventre plein vous trouvez ça pleinement répugnant [26].

Une autre situation dans laquelle on peut prédire que le dégoût sera mis en sourdine c’est
pendant un rapport sexuel. On l’a vu, les fluides corporels font partie des stimuli que nous
trouvons les plus dégoûtants. Mais il est au moins une situation dans laquelle on peut penser
que ces stimuli seront jugés moins dégoûtants, c’est pendant un rapport sexuel. Parce que si
vous continuez à éprouver du dégoût face à un humain que vous avez envie de pécho, hé bien
ça ne vous aidera pas à le pécho. Donc le dégoût est mis en sourdine pendant un rapport
sexuel [27-29]. À l’avenir, quand vous chercherez un moyen d’informer l’humain qui vous attire
qu’il peut passer à l’étape suivante, faites comme moi, glissez-lui simplement à l’oreille : « sache
que tu ne me dégoûtes plus ». Vous verrez, l’effet est garanti.

Le même genre d’analyse coûts / bénéfices peut expliquer pourquoi le dégoût est en général
moins prononcé envers les gens de notre propre famille qu’envers des gens extérieurs. J’imagine
que vous préférez partager une brosse à dents avec votre partenaire ou vos enfants plutôt qu’avec
votre patron ou votre facteur [15]. Cette particularité est utile pour faciliter l’allaitement et de
façon générale tous les soins apportés aux enfants. Y’a même des expériences « rigolotes » qui
montrent que les parents sont plus facilement dégoûtés par l’odeur des couches des bébés des
autres que par celle de leur propre bébé [30]. Tout en espèrant que les sujets de cette expérience
étaient bien rémunérés, ça montre à nouveau une atténuation du dégoût dans les situations où
être trop dégoûté devient trop coûteux.

Autre prédiction : si le dégoût est un outil psychologique de défense contre les pathogènes,
on peut s’attendre à ce que les zones cérébrales qui produisent du dégoût soient liées à d’autres
mécanismes de défense comme la nausée. Ce qui semble être le cas : le cortex insulaire est
une région de notre cerveau spécifiquement activée par le dégoût et par aucune autre émotion,
et non seulement cette région est liée à la nausée, mais c’est aussi la région activée chez des
primates non-humains confrontés à des odeurs ou goûts déplaisants [31].

Autre prédiction : l’existence d’un lien physiologique entre le dégoût et notre système immunitaire
classique. Si le dégoût sert de premier rempart aux infections, ça serait tout à fait
fonctionnel qu’en plus d’essayer de nous tenir éloignés des pathogènes, il prévienne les petits
copains à l’arrière qu’ils vont peut-être bientôt avoir du boulot. Cette prédiction a été testée,
et il semblerait qu’effectivement, le dégoût soit lié à notre système immunitaire classique. Rien
que percevoir visuellement des images qui inspirent du dégoût augmenterait la température
corporelle et la production de certains marqueurs immunitaires [32, 33]. En fait ce résultat
montre qu’une fois de plus, on a tort d’introduire une fausse distinction entre corps et esprit,
entre système immunitaire physiologique et comportemental. De la même façon que je vous
avais dit que l’adaptation « marcher » a besoin non seulement de membres adaptés mais aussi
d’un programme cognitif pour contrôler tout ça, l’adaptation « se protéger des pathogènes »
a besoin à la fois de mécanismes physiologiques et psychologiques pour bien fonctionner. La
sélection naturelle est aveugle, et donc elle s’en fout de savoir si une mutation affecte un organe
ou un réseau neuronal. Tout ce qu’elle regarde, c’est si cette mutation augmente en moyenne
les chances de survie ou pas.

Et pour terminer, on peut aussi essayer de faire des prédictions sur la variabilité du dégoût
à l’échelle de populations ou de pays entiers, mais les prédictions ne sont pas faciles à faire dans
ce cas. On pourrait par exemple penser que les gens qui habitent des pays à forte concentration
en pathogènes soient plus facilement dégoûtés [34], ou que ces personnes soient plus centrées
sur elles-mêmes, fermées aux autres, et on a quelques données qui vont dans ce sens [35, 36].
Mais ça pourrait aussi être le contraire, que les pays les plus exposés aux pathogènes sont aussi
les moins dégoûtés, parce qu’il existe un effet d’habituation, que l’on observe chez les médecins
par exemple : à force de voir ou d’opérer des choses dégoûtantes ils vont finir par s’habituer un
peu [37].

Les prédictions ne sont pas non plus faciles à faire en ce qui concerne la comparaison
d’espèces. On a vu dans la vidéo précédente que comparer plusieurs espèces est un des moyens
à notre disposition pour tester une hypothèse adaptative. Mais dans le cas du dégoût, l’analyse
évolutionnaire est ambigüe. D’un côté c’est certain que tous les animaux sont sensibles aux
pathogènes, et que la sélection naturelle a dû mettre en place des stratégies comportementales
pour éviter d’en rencontrer trop souvent [38, 39]. On en connaît déjà plein d’ailleurs, on sait
que certains homards évitent de s’abriter avec d’autres homards malades [40], que des vaches
peuvent nager dans des étangs pour échapper à des mouches qui leur pondent des larves sous
la peau [41], ou que les moutons évitent de pâturer dans les endroits où leurs congénères ont
beaucoup déféqué [42]. Donc on pourrait s’attendre à retrouver un truc comme un sens du
dégoût dans certaines espèces. Mais d’un autre côté, on l’a vu, le dégoût est quand même un
truc très coûteux, parce que ça fait perdre plein d’opportunités de manger, et on pourrait donc
penser que seuls les animaux les plus à risque d’attraper des maladies possèderont un sens
du dégoût développé. Ça concernerait en particulier les animaux qui vivent en groupe et qui
sont omnivores. Ceux qui vivent en groupe pour des raisons évidentes sur la probabilité de
transmission, hashtag DistanciationSociale, et ceux qui sont omnivores parce qu’être omnivore
veut dire que vous allez être exposé à une diversité de toxines et de pathogènes très importante.
Si vous êtes un panda et que vous ne faites que sucer du bambou dans votre coin toute la journée,
vous allez pas être exposé à beaucoup de pathogènes, et votre système immunitaire classique
pourra se spécialiser sur les rares qu’il rencontrera. Par contre, l’humain est vulnérable sur les
deux points : non seulement c’est une espèce très sociale mais en plus elle est omnivore et mange
beaucoup de viande où les bactéries prolifèrent facilement. Nos joyeux cousins les chimpanzés
vivent aussi dans des grands groupes mais consomment eux surtout des plantes et des fruits,
donc on peut penser que les risques d’infection sont moins grands pour eux. On a quand même
commencé à rechercher des marques de dégoût chez les chimpanzés et il semblerait qu’ils évitent
au moins comme nous les liquides corporels des autres chimpanzés [43].

Si au début de cette vidéo j’ai dit que notre système immunitaire comportemental s’appelait
le dégoût, c’est un raccourci, parce que notre système immunitaire comportemental est probablement
plus large que le simple dégoût. Nous pouvons modifier nos comportements face à des pathogènes
sans que cela ne nous fasse ressentir de dégoût. Par exemple, il semblerait qu’on soit capables
de détecter si une personne est malade rien qu’à sa tronche, voire, comme vous le présentait
Scilabus il y a pas si longtemps, rien qu’à son odeur [44].

https ://www.youtube.com/watch ?v=YxIOU3KC51c

Et il est probable que cette détection des gens malades soit suivie de changements de comportements
[45]. De plus en plus d’études montrent que notre cognition au sens large est affectée
par la présence de pathogènes : notre mémoire, notre attention, notre tolérance au risque, notre
tendance à être extraverti·e et même nos préférences sexuelles pourraient être modifiées, sans
qu’on en soient conscients ou que ça ne nous fasse éprouver de dégoût [46-49]. Bref, le dégoût est
probablement un élément central dans notre système immunitaire comportemental, et peut-être
même un élément spécifiquement humain, mais ce n’est probablement pas le seul.

Quoi qu’il en soit, ces données sur les animaux illustrent à nouveau pourquoi il faut garder
la sélection naturelle en tête pour étudier les comportements. Pourquoi est-ce que pour
nous humains, une crotte fait partie des choses les plus repoussantes au monde, alors que pour
une mouche, c’est la chose la plus attirante au monde ? Ce qui décide de ce qui est attirant
ou repoussant dans ce cas, c’est la sélection naturelle. Pour des humains, une crotte est une
source d’infection. Pour une mouche, c’est une source de nourriture pour ses gosses, un palais
magnifique pour y élever ses enfants. Le cerveau de la mouche réagit donc très différemment du
cerveau humain devant ce même stimulus de l’univers, parce qu’il a été façonné différemment
par la sélection naturelle. Dit autrement, une crotte n’est pas objectivement dégoûtante partout
dans l’univers. Et les plus perspicaces d’entre vous vont commencer à faire le lien entre l’objectivité
du dégoût et l’objectivité de la morale dont je vous ai parlé dans cette vidéo [extrait], je
reviens pas dessus. Retenez simplement que la sélection naturelle est une théorie incontournable
pour éclairer notre rapport au monde, pour comprendre ce qu’on trouve plaisant ou repoussant,
moral ou immoral, rationnel ou irrationnel, tout simplement parce que tous nos jugements sur le
monde, nous les produisons avec un cerveau, et c’est la sélection naturelle qui a créé ce cerveau.

Et j’ai bien dit « théorie incontournable ». Pas « théorie suffisante ».

1.4 Résumé

Voilà donc quelques-unes des données qui jouent en faveur d’une fonction prophylactique
du sens du dégoût. Si on résume, on a vu que le dégoût entraîne des expressions faciales et
des changements physiologiques appropriés pour lutter contre les pathogènes, et qu’au moins
certains d’entre eux sont universels ; on a vu que le dégoût est généralement évoqué par des
stimuli porteurs de pathogènes ; on a vu que le dégoût est plus fort chez les personnes qui ont
le plus à perdre à tomber malades ; on a vu que le dégoût est plus fort dans les situations les
plus à risque, comme la grossesse ; on a vu qu’au contraire, le dégoût pouvait s’estomper dans
les situations où ses coûts deviennent trop importants, comme quand on meurt de faim ; on a
vu que la propriété du dégoût de se transférer de façon immédiate et irréversible devenait très
rationnelle dans un cadre prophylactique ; on a vu que le dégoût activait des régions cérébrales
qui chez les primates non-humains traitent aussi de goûts déplaisants ; et on a vu que le dégoût
était relié à notre système immunitaire classique.

Toutes ces caractéristiques montrent qu’on est là en présence d’un système qui a l’air d’être
ultra-fonctionnel et ultra-efficace pour lutter contre les pathogènes. La correspondance entre le
design du dégoût et sa fonction prophylactique supposée est bonne, comme la correspondance
entre le design du mug et sa fonction de porter des boissons chaudes était bonne. Un tel design
a très peu de chances d’avoir évolué par hasard, on peut donc éliminer l’hypothèse que le dégoût
est le produit du hasard [schéma]. On ne voit pas bien non plus quelle autre adaptation pourrait
expliquer plus parcimonieusement cette fonctionnalité, on peut donc éliminer l’hypothèse du
sous-produit. Ne reste que l’hypothèse de l’adaptation, qui nous permet de conclure, sans pour
autant en être sûr à 100%, que le dégoût est probablement un programme cognitif évolué par
sélection naturelle dont la fonction est de nous éviter les contacts avec les pathogènes.
Et pour ceux qui se rappellent de la 2e façon de tester l’existence d’une adaptation qu’on a
vue dans la dernière vidéo, c’est à dire mesurer si un trait augmente les chances de survie, une
étude de terrain a récemment montré que chez les shuars d’Équateur, un peuple d’Amazonie,
ceux qui sont le plus facilement dégoûtés sont aussi ceux qui sont les moins infectés, si on se fie
à leurs marqueurs de réponse immunitaire [50].

En essayant de tester cette hypothèse, on a réussi d’une part à réinterpréter parcimonieusement
certaines choses qu’on savait déjà, on a donné du sens à nos connaissances, mais de
façon plus intéressante, on a aussi réussi à apprendre de nouvelles choses sur le dégoût, comme
ses connexions avec le système immunitaire classique, qui font toujours l’objet de recherches
aujourd’hui. Et même si j’ai pas insisté dessus, on a aussi pu se confronter à d’autres hypothèses,
comme celle que le dégoût est un truc entièrement culturel ou entièrement le produit
d’un raisonnement conscient. Je ne vous ai présenté qu’une petite partie des données sur le
sujet, d’ailleurs. La recherche sur le dégoût est aujourd’hui fourmillante comme un séminaire
de chercheurs où le café est en libre-service, et c’est en partie grâce à la psycho évo, mais aussi
aux neurosciences et à la psychiatrie, parce qu’on s’est aperçu qu’un dérèglement de notre sens
du dégoût pouvait être à l’origine de certains troubles psychiatriques [51].

1.5 Autres hypothèses

Maintenant qu’on a dit tout ça, prenons un peu de recul et permettez-moi d’insister sur
quelques points.

D’abord, penser que le dégoût est à la base une adaptation prophylactique n’empêche pas
d’étudier d’autres pistes. Moi je vous ai présenté uniquement cette hypothèse, mais d’autres
personnes travaillent par exemple sur l’hypothèse que le dégoût pourrait avoir un lien avec la
morale. Vous avez peut-être remarqué que parfois quand on est indigné moralement on dit qu’on
est « dégoûté ». Vous entendez parler des mauvais agissements de, au hasard, un politicien, et
vous dites « ça me dégoûte ». Ou « c’est dégueulasse ». « c’est immonde ». On utilise souvent
le champ lexical du dégoût pour parler de morale. Certains chercheurs pensent qu’il ne s’agit là
que d’une utilisation métaphorique [52], un peu comme quand vous dites que vous avez « soif »
de connaissance, sans pour autant qu’il y ait une réelle connexion psychologique entre la soif et
la volonté d’apprendre des choses. Mais d’autres chercheurs explorent l’hypothèse qu’il puisse
réellement y avoir dans notre cerveau une connexion entre notre sens moral et notre sens du
dégoût, que l’un puisse s’être construit à partir de l’autre par exemple, en récupérant certains
réseaux neuronaux.

1.6 Pas de méthodes spécifiques

Deuxièmement, et c’est un des messages les plus importants de cette vidéo, vous remarquerez
qu’on a jamais utilisé de méthodes spécifiques pour tester notre hypothèse adaptative. La
psycho évo n’a pas de méthodes propres. Je répète, la psycho évo n’a pas de méthodes propres.
Tout ce qu’on fait en psycho évo, c’est utiliser la théorie de l’évolution pour formuler des
hypothèses et générer des prédictions, mais ensuite pour tester ces prédictions on utilisera
n’importe quelle méthode de n’importe quelle discipline plus traditionnelle. Si une hypothèse
fait des prédictions sur les jugements des humains, on testera ces prédictions avec les méthodes
de la psychologie ; si elle fait des prédictions sur ce qu’on devrait trouver dans d’autres espèces
on utilisera les méthodes de l’éthologie, si elle fait des prédictions d’optimalité on fera des
modèles mathématiques, si elle fait des prédictions sur la physiologie humaine on fera de la
biologie moléculaire, et si elle fait des prédictions sur le meilleur vin à emmener en rando on
fera de la géologie.

Je vous montre ce schéma touffu [53] qui montre bien toutes les méthodes qu’on peut utiliser
pour apporter du crédit à une hypothèse évolutionnaire. Nous dans notre exploration du sens
du dégoût on a été amenés à utiliser celles-là.

En fait, il faut retenir que la psycho évo ne peut pas avoir de méthodes propres, tout
simplement parce que ce n’est pas une discipline, c’est simplement une façon de penser et de
générer des hypothèses. Si vous avez compris ça, vous avez tout compris. Vous avez peut-être
pas remarqué mais depuis le début de cette série je n’ai jamais utilisé le mot « discipline » pour
qualifier la psycho évo. J’utilise en général les mots « approche » ou « programme de recherche
», mais le mot le plus adapté ça serait vraiment simplement « façon de penser ». La psycho évo,
elle se conçoit pas comme une énième discipline à rajouter à côté de toutes les autres disciplines
qui étudient déjà l’humain, les neurosciences, la psychologie, la sociologie, etc. Elle se conçoit
comme un liant qui viendrait faire le lien entre toutes ces disciplines qui existent déjà. Vous
pouvez tout à fait faire de la psycho évo en utilisant uniquement les méthodes de la sociologie,
ou uniquement les méthodes des neurosciences, ou uniquement des méthodes mathématiques,
à partir du moment où vous intégrez de la pensée évolutionnaire à votre façon de concevoir le
cerveau et de générer des hypothèses.

Donc je répète, la psycho évo n’a pas de méthode propre. Si je récapitule les grandes lignes
[schéma], la psycho évo c’est avant tout un but, celui d’aboutir à une meilleure compréhension
de l’humain. Pour atteindre ce but, on pense que le meilleur moyen c’est de commencer par
comprendre les programmes cognitifs qui se trouvent dans notre cerveau, parce que comme on
l’a déjà vu ce sont ces programmes qui sont à l’interface entre le niveau génétique et le niveau
environnemental, qui font la jonction entre le biologique et le culturel. Pour comprendre ce
que ces programmes font, il faut comprendre leur fonction première, la raison pour laquelle
ils ont évolué par sélection naturelle. Et pour découvrir cette fonction, on utilise la méthode
des biologistes de l’évolution, qui consiste à évaluer une correspondance entre un design et une
fonction. Quand cette analyse génère des prédictions, on les testera en utilisant les méthodes
de la discipline la plus appropriée.

Évidemment, l’évaluation du niveau de preuves en faveur d’une adaptation doit toujours se
faire au cas par cas. Certaines adaptations disposeront de beaucoup de données en leur faveur,
d’autres moins. Le niveau de preuve peut parfois être limité quand on étudie un trait très
simple, parce que dans ce cas la correspondance design/fonction est dure à mettre en évidence.
C’est la même chose en biologie, si vous étudiez un trait aussi simple que la présence d’une
protéine dans le sang, les indices de design seront limités. Mais le niveau de preuves peut aussi
être limité parce que la psycho évo est toute jeune, elle a à peine 30 ans, et qu’elle s’appuient
beaucoup sur un autre champ de recherche, les sciences cognitives, qui est aussi très jeune.
Donc faut pas vous attendre à trouver des niveaux de preuve équivalents à ceux qu’on trouve
en physique, ça c’est certain.

1.7 Compatibilité avec la variabilité culturelle

Autre chose très importante à retenir, c’est que supposer que le dégoût est une adaptation
évoluée par sélection naturelle ne veut pas dire que le dégoût est un truc qui ne va pas varier
d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre ou d’une personne à l’autre. Si vous parlez en
soirée de cette hypothèse que le dégoût est un programme cognitif évolué, vous verrez que c’est
la première chose qu’on va vous rétorquer. On va vous dire, ça n’a pas de sens parce qu’à une
certaine époque on était pas du tout dégoûtés par les mêmes choses qu’aujourd’hui. Les normes
d’hygiène ont changé au cours de l’histoire, à une époque les bains étaient considérés comme
bons, à d’autres époques comme mauvais [16]. Les romains faisaient caca à plusieurs dans la
même pièce, et ils utilisaient la même éponge simplement rincée dans un seau d’eau pour se
nettoyer. On va vous dire, le dégoût évolué biologiquement, ça n’a pas de sens parce qu’en
France on aime manger du roquefort et on est dégoûtés à l’idée de manger des insectes, alors
qu’en Thaïlande c’est l’inverse. On va vous dire, le dégoût évolué biologiquement, ça n’a pas
de sens parce qu’on voit bien que les bébés ne sont pas facilement dégoûtés, tous les parents
savent que les bébés mettent à la bouche tout ce qui leur passe sous la main, et parfois même
sous le pied. Le dégoût, c’est donc forcément le résultat d’un apprentissage social.

Les réponses à ces objections sont plus ou moins les mêmes que celles que j’ai déjà détaillées
dans ma série sur la morale. Je vous les re-résume rapidement ici mais vous pouvez retourner voir
cette vidéo au besoin. L’idée générale, c’est que ces supposées objections ne sont des objections
que si vous avez une vision naïve de ce que veut dire « évolué biologiquement ».

D’abord, il faut se rappeler que ce que la psycho évo suppose avoir évolué biologiquement
et être universel, ce ne sont pas nos comportements ou nos jugements mais nos programmes
cognitifs [54]. La nuance est cruciale, parce que les programmes cognitifs travaillent quasiment
toujours sur des entrées pour produire leurs sorties. Si vous leur fournissez des entrées différentes,
en les faisant tourner dans des environnements ou des cultures différentes par exemple,
leurs sorties seront différentes, alors que leur fonctionnement de base restera le même.
Évolué biologiquement ne veut pas dire non plus présent à la naissance. Vos dents n’étaient
pas présentes à la naissance, et pourtant elles sont évoluées biologiquement. Un programme
cognitif peut de la même façon être évolué biologiquement mais avoir besoin de temps pour
arriver à maturation. Donc c’est pas parce que votre bébé mange les crottes de votre chat
qu’il n’a pas quelque part dans un coin de sa tête un programme cognitif qui va, plus tard,
naturellement le pousser à être dégoûté par certains stimuli.

Évolué biologiquement ne veut pas non plus dire que l’apprentissage n’a pas de rôle à jouer.
On en a déjà parlé avec le programme d’apprentissage de la peur des serpents. Il est tout
à fait possible, et même probable, que le sens du dégoût ait besoin d’être calibré pendant
l’enfance. La composante sociale du dégoût est tout à fait prise en compte par les approches
évolutionnaires [13, 55, 56]. Le dégoût serait, comme la peur des serpents, non pas « présent à
la naissance » mais « facile à apprendre grâce à une prédisposition évoluée ».
Évolué biologiquement ne veut pas non plus dire insensible au contexte. Si je vous dis que
la brosse à dents que vous êtes en train d’utiliser a servi à nettoyer les chiottes une heure avant,
vous allez immédiatement être dégoûté·e par cet objet qui vous semblait encore tout à fait
respectable 2 secondes plus tôt. Ça montre que le sens du dégoût n’est pas imperméable à nos
autres capacités cognitives, qu’il est capable de prendre en compte de l’information produite
par d’autres algorithmes, et de s’appliquer à des objets qui n’ont à première vue aucun lien
avec des pathogènes. Le sens du dégoût est un programme sophistiqué, sensible au contexte et
ouvert aux autres programmes cognitifs, ce n’est pas un truc rigide et fermé sur lui-même.
Et évolué biologiquement ne veut pas non plus dire invariant tout au long de la vie, on l’a
vu avec le dégoût des femmes enceintes, ou le dégoût qui s’atténue dans les situations où vous
mourez de faim.

Bref, de façon générale, la variabilité culturelle n’est pas une objection aux approches évolutionnaires,
ou plus exactement ce n’est une objection que si vous avez une vision simpliste du
genre de systèmes qu’est capable de produire la sélection naturelle. Si vous vous débarrassez
de l’idée que la sélection naturelle ne peut que produire des comportements simples, rigides
et présents dès la naissance, si vous acceptez qu’elle puisse produire des programmes cognitifs
très sophistiqués, sensibles au contexte et dépendants d’un apprentissage, vous faites sauter la
plupart des objections à l’idée d’un sens du dégoût évolué biologiquement. Rappelez-vous de la
complexité du coeur ou de l’oeil, et de leurs dizaines de tissus spécialisés tous arrangés d’une
façon bien précise. Il n’y a aucune raison de penser qu’on a pas des organes aussi sophistiqués
que ça mais dans le cerveau. En fait, si je devais parier, je dirais même que nos organes cognitifs
sont peut-être encore plus sophistiqués que nos organes corporels, parce que pour les optimiser
il suffit de changer des connexions entre neurones alors que pour nos organes corporels l’optimisation
passe souvent par la création de nouvelles protéines ou de nouveaux tissus. Peut-être
qu’un jour je vous présenterai un programme cognitif qu’on a bien étudié, comme celui qui
analyse les signaux électriques reçus de l’oeil, pour que vous vous rendiez compte d’à quel point
c’est incroyablement sophistiqué.

On pense souvent que c’est une affirmation extraordinaire de supposer des bases biologiques
au dégoût, à cause de l’existence de cette variabilité culturelle dont on a parlé. Et parce qu’on
pense que c’est une affirmation extraordinaire, on demande des preuves extraordinaires. Mais
il faut renverser cette façon de penser. Ce qui serait extraordinaire, c’est qu’un trait, quel qu’il
soit, soit entièrement culturel ou entièrement génétique. Qu’un trait soit en partie dépendant
d’influences génétiques et en partie dépendant d’influences environnementales est au contraire
quelque chose de très banal, une hypothèse très faible, que vous devriez considérer comme
l’hypothèse par défaut. Et ce, que le trait en question soit un truc tout con comme l’envie de
manger ou un truc très sophistiqué comme la morale.

Je développerai dans une autre vidéo ces questions d’interaction gènes/environnement, mais
j’insiste sur ce point : la sélection naturelle n’est pas restreinte à produire des trucs très simples,
des comportements rigides. Mettez-vous deux secondes dans sa peau. Ça serait complètement
con de produire un dégoût rigide et entièrement déterminé à la naissance. À quel point vous
devez être dégoûté dans votre vie, et par quels stimuli précisément, doit dépendre de ce qu’il
y aura plus tard dans votre environnement. Ça serait aussi tout à fait adaptatif de donner
de l’importance à ce que les personnes autour de vous trouvent dégoûtant, parce qu’elles ont
souvent plus d’expérience que vous sur votre environnement [55]. C’est aussi adaptatif de mettre
en balance le coût de tomber malade avec le coût de moins manger ou d’avoir moins de rapports
sexuels. La flexibilité est donc une caractéristique qui sera souvent recherchée et favorisée par la
sélection naturelle. La variabilité culturelle n’est donc pas un contre-argument aux explications
évolutionnaires, parce que la variabilité culturelle est prédite tout autant par les approches
évolutionnaires que par les approches culturalistes.

1.8 Le futur de la recherche

Par contre, une fois qu’on a dit ça, on en est bien sûr encore qu’au début de notre programme
de recherche. Il nous reste encore à étudier précisément comment nos programmes cognitifs utilisent
toute cette information de leur environnement pour au final produire les comportements
qu’on observe chaque jour. Comment on en arrive à ce qu’un même algorithme universel puisse
faire préférer le roquefort aux uns et les asticots aux autres ? Existe-t-il des périodes sensibles
au cours de l’enfance qui permettent cet apprentissage ? Peut-on être dégoûté par absolument
n’importe quoi si les contraintes sociales sont assez fortes, ou y a-t-il des choses qui n’activeront
jamais notre sens du dégoût ? Au contraire, peut-on s’habituer à n’importe quel stimulus
naturellement dégoûtant, comme on finit par s’habituer à l’amertume du café ? Quelles sont les
propriétés des objets porteurs de pathogènes qui font qu’ils nous dégoûtent plus facilement ?
S’agit-il de couleurs, d’odeurs, de visions, de textures ? Est-ce que les traits de personnalité
peuvent expliquer pourquoi certaines personnes sont plus dégoûtées que d’autres [57] ? Le fait
que notre environnement actuel soit différent de l’environnement ancestral change-t-il quelque
chose en matière de dégoût ? La géologie est-elle une pseudoscience ?

Voilà le genre de questions qui attendent les chercheurs du XXIe siècle. La question n’est
plus de savoir si le comportement humain est produit par la culture ou les gènes, le défi est
maintenant d’arriver à intégrer l’idée qu’on naît avec un cerveau chargé de programmes cognitifs
légués par l’évolution, avec tout ce que ça implique en termes de contraintes sur ce que
ces programmes sont capables de faire, avec l’idée que pour produire des comportements, ces
programmes cognitifs sont en permanence bombardés d’informations externes et influencés par
le milieu dans lequel ils baignent.
Et c’est pour ça que la psycho évo est un cadre théorique adapté pour faire travailler
ensemble les sciences sociales et les sciences naturelles. Même si tous les chercheurs en sciences
sociales et sciences naturelles ne souhaitent pas travailler ensemble, on en reparlera plus tard,
le fait que la psycho évo insiste sur l’universalité des programmes cognitifs, et pas l’universalité
des comportements, et le fait qu’elle insiste sur l’importance de l’information reçue du monde
extérieur, fait qu’on peut facilement trouver des moyens de rattacher les travaux sur l’influence
de la culture aux travaux sur l’influence des gènes. Je dis pas que ça se fera sans concessions,
les sciences naturelles et les sciences sociales ont été séparées trop longtemps pour que leur
réunification se fasse sans heurts. Mais l’idée générale d’étudier l’influence de la culture, de
l’éducation, et de l’environnement de façon large est tout à fait compatible avec le paradigme
développé actuellement en psycho évo.

Voilà, donc les deux grands messages à retenir de cette vidéo, premièrement, la psycho évo
n’a pas de méthodes propres, et deuxièmement, variabilité culturelle et universalité cognitive
ne sont pas incompatibles.

Vidéo terminée ! La prochaine vidéo sera un petit bonus que je n’avais pas prévu de faire à la
base, c’est une vidéo dans laquelle je vais vous présenter un maximum d’hypothèses étudiées en
psycho évo en un minimum de temps, pour vous donner un aperçu de la diversité de la recherche
dans ce domaine. Si aujourd’hui je me suis concentré sur une seule adaptation que je vous ai
présentée en détail, la prochaine fois je ferai le contraire, je vous en présenterai plein mais de
façon superficielle. Ce sera l’occasion de parler de toutes ces petites choses qui vous occupent
l’esprit à longueur de journée, on parlera d’amour, de colère, de honte, de peur, de bonheur, de
tristesse, d’amitié, de raisonnement, mais aussi d’art et de religion. Dans la prochaine vidéo,
on fait un tour d’horizon des logiciels que l’évolution a mis dans votre tête.

Merci à DjoKun, Philociraptor, Gerceval,Wellington Yueh, AwesomeJohn, et aux 300 autres
primates qui me soutiennent sur uTip et tipeee, vos dons sont ma seule source de revenus.

Et je pense qu’on peut terminer en remerciant notre système immunitaire comportemental,
qui travaille en permanence sans jamais se mettre en avant, mais qui en ces temps de pandémie
nous a probablement déjà permis d’éviter quelques dizaines de milliers de morts. À chaque fois
que vous avez entendu quelqu’un éternuer ou renifler bruyamment, et que ça vous a fait vous
éloigner ou simplement détourner la tête, vous étiez en train de diminuer vos chances de vous
faire contaminer. Merci le dégoût.

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Une réaction à “Vous avez un deuxième système immunitaire – psycho évo #4”

  1. Noé Bugaud

    28 Jun 2021

    à 17:47

    Super article. En ce qui concerne le lien entre le dégoût moral et le dégoût à proprement parler, j’ai peut-être une idée pour savoir s’il y a véritablement un lien entre les deux, ou si c’est uniquement dans un sens métaphorique que nous disons “cet acte me dégoûte” pour le condamner moralement.
    L’idée, c’est que souvent, nous réprouvons moralement de manger telle ou telle chose (il y en a, par exemple, qui réprouvent la consommation carnée). Mais ce jugement moral est-il accentué quand l’aliment a une odeur répugnante ? A titre personnel, j’ai l’impression d’avoir davantage condamné la consommation de poissons que la consommation d’animaux terrestres ; je pense que c’est parce que je trouve l’odeur du poisson extrêmement insupportable par rapport à celle d’autres animaux cuits, et que cette odeur désagréable a amplifié le jugement moral que je portais à la base.
    Mais c’est une anecdote, avec peu de valeur scientifique, c’est pourquoi je propose (peut-être que cela a déjà été fait) de tester le lien entre dégoût moral et dégoût à proprement parler, dans le cas de l’alimentation (qui, je pense, est un bon point de départ).

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