L’Homme est-il un polygame refoulé ? Partie 1/3 : l’homme, ce parasite sexuel.

23759 lectures. Publié le 11 November 2011 par dans la catégorie Sexe

L’Homme est-il un polygame refoulé ? Partie 1/3 : l’homme, ce parasite sexuel.

Au catalogue des expressions françaises censées représenter la sagesse des nations, “trouver l’amour de sa vie” m’a toujours paru suspecte. Pas tant dans le fait que l’amour soit une notion difficile à cerner, ou qu’on ait préféré le terme “trouver” aux termes “construire” ou “créer” par exemple. Mais plutôt dans ce “l’”. Oui ce “elle apostrophe”.

Si le mariage de vos parents a explosé en plein vol comme une bulle de savon dans un jardin d’enfant, si vous avez deux demi-soeurs et trois demi-frères, si votre troisième femme était avare et stupide mais pas autant que la quatrième qui vous trompait avec son ex-mari, vous savez de quoi je parle.

“Ils gâchent chaque amour en essayant de le faire durer éternellement” Oscar Wilde.

L’idée de passer l’intégralité de sa vie avec un seul et unique partenaire m’a toujours paru surprenante, inappropriée, et même inquiétante. Je ne dis pas que cela ne peut pas ou ne doit pas arriver (inutile de me saturer des exemples de papi et mamie qui viennent de fêter leurs 70 ans de vie commune). Je dis simplement que si cela doit arriver cela arrivera, mais que notamment parce que nous sommes dans l’impossibilité de savoir ce que l’avenir nous réserve, décider de se lier à vie par avance avec un individu, “jusqu’à que la mort nous sépare”, n’est pas un geste beau mais un geste inconscient, irraisonné et générateur de souffrances.jeunes maries plage

Ces considérations peu révolutionnaires n’apportent rien à la science mais ce sont elles qui m’ont amené à me poser la question, “y a-t-il un type de relation que nous sommes naturellement faits pour avoir, et si oui lequel ?”. Notez bien que cette question est différente de “quel type de relation devrions-nous avoir ?”, question qui ne m’intéresse pas et ne sera pas traitée, et différente également de “quel type de relations avons-nous effectivement ?” qui sera abordée plus tard. Revenons donc à la première question.

Quelle est la sexualité de l’homme hors des sociétés modernes ? Quel était le système sexuel de l’homme il y a 10 000, 100 000, un million d’années ? L’Homme est-il monogame par nature, polygame, un mélange des deux ? Dans le langage courant, la polygamie désigne un homme marié à plusieurs femmes, mais c’est un abus de langage : la polygamie désigne également le contraire. Les mêmes préoccupations de système sexuel naturel seront donc étendues aux femmes. Une perspective évolutionniste peut nous éclairer de façon importante sur ces questions, et tout commence à la distinction primaire entre mâle et femelle…

Quand un homme parle mal à une femme, c’est de l’harcèlement sexuel. Quand une femme parle mal à un homme, c’est 3,95 € la minute.

Imaginez être tranquillement en train de marcher dans la rue, à absorber les derniers rayons de soleil d’un soir d’été. Une personne du sexe opposé, parfaitement inconnue mais terriblement attractive, vous aborde et vous dit :

“Bonjour, ça fait un moment que je vous ai repéré(e), et je vous trouve très séduisant(e). Voulez-vous faire l’amour avec moi ?”

Quelle serait votre réaction ?

point-interrogation-question-homme

Hmmm... Question piège ?

Si vous êtes une femme, il y a toutes les chances pour que vous répondiez “non” (comme l’ont fait 100% des femmes dans cette expérience). Vous pourriez être choquée, insultée, ou juste stupéfaite, mais sûrement pas consentante. Si vous êtes un homme, vous seriez au contraire plutôt flatté par la demande et déjà en train de réserver une chambre d’hôtel, comme trois hommes sur quatre l’ont fait dans cette même étude.

Ce n’est pas une révélation et les stéréotypes culturels, bien avant cette expérience de 1989, trahissent une tendance des hommes à être plus enclins au sexe avec de nouveaux partenaires que les femmes. C’est cette différence que je vous propose d’investiguer en remontant à ses origines biologiques.

Qu’est-ce qu’un mâle, qu’est-ce qu’une femelle ?

Si l’on vous demandait la définition d’un mâle, ou la définition d’une femelle, vous répondriez sûrement par des caractères morphologiques (taille, poids, silhouette, organes génitaux…), comportementaux (nutrition au sein, grossesse…) ou génétiques (chromosomes X et Y), caractères qui seraient plutôt anthropocentriques.

De fait, ces caractères fonctionnent homme-femme-toilettesassez bien pour notre espèce mais déjà beaucoup moins dès que l’on s’éloigne des mammifères : chez les grenouilles par exemple, aucun des deux sexes n’a de pénis. Et comment trouver une définition qui englobe en même temps les différences mâles-femelles chez les végétaux ? Pas facile facile.

Il existe pourtant une réponse. La différence qui semble être retrouvée de manière systématique chez toutes les espèces vivantes possédant cette différenciation mâle-femelle est la taille des cellules reproductrices. Les femelles produisent de grosses cellules reproductrices (ovocytes chez l’être humain), et les mâles de petites cellules sexuelles (spermatozoides).

Aussi insignifiante que cette différence puisse paraître, elle est fondamentale. Il est en effet possible d’interpréter une grande partie des autres différences hommes-femmes à partir de cette première différence, en se servant d’une formidable théorie développée par Trivers dans les années 70.

Le parasite mâle et l’honnête femelle

Cinq cents. C’est le nombre moyen de gamètes qu’une femme produira durant toute sa vie. C’est aussi le nombre moyen de gamètes qu’un homme produit en… quinze centièmes de seconde !

L’ovocyte est à sa formation environ 12 fois plus gros que le spermatozoide, et il est estimé que sa production est un million de fois plus coûteuse que celle d’un spermatozoide.

À quoi sert cette avalanche de chiffres ? A montrer la différence d’investissement entre mâle et femelle au cours de la conception d’un enfant. Lorsque gamète mâle et gamète femelle fusionnent, tous deux contribuent de manière équitable au patrimoine génétique de l’individu à venir : 50 % du matériel génétique est apporté par le père, et 50% par la mère. Par contre, la contribution à l’alimentation de l’embryon est loin d’être égale, comme vous le prouvent les chiffres ci-dessus. La quasi-totalité du développement du zygote se fera à partir des ressources présentes dans le gamète femelle.

spermatozoides-ovocytes

Les parasites dans la dernière ligne droite.

Et ce n’est pas fini : faut-il rappeler que, chez les humains au moins, l’embryon se développe à l’intérieur du ventre de la mère ? À la naissance, le nouveau-né est cent milliard de fois plus lourd que le zygote, et toute cette prise de poids s’est faite sur les ressources de la mère. Et ça continue toujours : la première source d’approvisionnement du nouveau-né sera le sein de sa mère.

Dès le moment de la conception donc, parce que le mâle apporte moins que la moitié des ressources nutritives nécessaires au développement de l’embryon, il a déjà contribué de manière “injuste” à la conception du nouveau-né. En contrepartie, parce que ses spermatozoides sont si petits et lui coûtent si peu à produire, il peut se permettre d’en produire des millions par jour. Et s’il arrivait à copuler avec une infinité de femelles différentes, sa progéniture serait potentiellement infinie !

pou-parasite

On est tous le parasite de quelqu'un, philosophe le pou.

Ceci n’est toutefois possible que si dans un même temps, les femelles compensent la part incomplète du père et apportent à leur progéniture les ressources manquantes pour se développer : ceci s’effectue à travers le gros gamète qu’elles produisent et l’alimentation de l’embryon. Vu sous cet angle, la femelle peut être considérée comme plus qu’honnête dans son entreprise de production de descendants, et le mâle peut être considéré comme un parasite de la femelle.

Au contraire, même si une femelle pouvait copuler avec une infinité de mâles différents, son nombre de descendants serait toujours limité par le nombre d’ovocytes qu’elle peut produire (ainsi que par des périodes de gestations longues chez les mammifères, etc…). Parce que les ovocytes sont gros et coûtent chers à produire, ils sont peu nombreux, et parce qu’ils sont peu nombreux l’espérance de descendants d’une femelle sera toujours en moyenne plus faible que celle d’un mâle.

Un rapport de force inégal

D’un point de vue plus évolutif, et en se concentrant sur l’humain, cela donne cela :

- les intérêts de l’homme et de la femme sont les mêmes : afin de propager le plus possible leurs gènes, ils veulent le plus d’enfants possible.

combat homme femme bataille sexes

Ca sera toi qui t'investiras le dernier

- là où ils diffèrent, c’est sur qui doit porter les coûts de cette reproduction. Il est dans l’intérêt de l’un comme de l’autre de ne pas trop s’investir et de laisser son partenaire s’occuper plus de chaque enfant : moins d’investissement dans un enfant veut dire plus de temps et de ressources disponibles pour aller faire d’autres enfants avec d’autres partenaires.

- à ce petit jeu, la femme part désavantagée à cause de ses grosses cellules reproductrices : au moment de la conception, la femme est déjà plus “engagée” envers le zygote que ne l’est l’homme.

Comme le présente Richard Dawkins dans le Gène égoiste,

“[La mère] a plus à perdre que le père si l’enfant meurt. Plus précisément, cela lui coûterait plus cher qu’au père d’amener un nouvel enfant au même niveau de développement. Si elle essayait la stratégie d’abandonner le père et le laisser s’occuper du bébé, pendant qu’elle irait rejoindre un autre mâle, le père pourrait, sans grands coûts pour lui, se venger en abandonnant également le bébé. Par conséquent, au moins dans les étapes précoces du développement d’un enfant, si un abandon doit être fait, on s’attend à ce que ce soit le père qui abandonne la mère plutôt que le contraire.”

De plus, comme nous l’avons vu, la taille de ses cellules reproductrices n’est pas le seul désavantage de la femelle : elle devra également nourrir l’embryon dans son ventre, lui donner le sein… Elle devra, pour reprendre le terme et le concept créé par Trivers, fournir plus d’investissement parentalL'investissement parental désigne l'ensemble des ressources (que ce soit en temps, en nourriture, en soins, etc...) qu'un organisme donné alloue à la survie et au développement de ses descendants, au détriment de la production de nouveaux descendants.

Pour maximiser son nombre de descendants, deux stratégies peuvent être adoptées par tout organisme : produire un grand nombre de descendants sans trop s'en occuper (c'est ce qu'on appelle la sélection r), ou produire peu de descendants mais bien s'en occuper (c'est ce qu'on appelle la sélection K).

Les espèces utilisant la sélection K privilégient la qualité à la quantité. Les espèces utilisant la sélection r privilégient la quantité à la qualité.

Les humains font partie des espèces fournissant le plus d'investissement parental et utilisant la sélection K, ils produisent peu de descendants mais s'en occupent pendant très longtemps, maximisant ainsi les chances de survie et de reproduction de chacun.
que le père.

L’homme, adapté aux relations à court terme ?

Comment essayer d’étayer cette théorie ? Une des premières choses à faire est de chercher des éléments mettant en avant cette propension des hommes à rechercher une multiplicité de partenaires, notamment de partenaires à court terme. La science a recueilli un ensemble de données physiologiques, psychologiques et comportementales qui vont dans ce sens, et si certaines pourront vous sembler triviales, il est toujours utile d’avoir des preuves scientifiques de ce que l’on avance. Les éléments jouant en faveur de l’hypothèse d’un homme adapté aux relations sexuelles à court terme sont :

Au niveau physiologique,

1/ L’homme est en moyenne plus lourd que la femme, d’environ 20 %.

Cette différence de poids, que l’on appelle dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
, n’est pas caractéristique des espèces monogames. Chez les espèces monogames, le dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
entre mâle et femelle est de 0 % : le mâle n’est ni plus grand, ni plus lourd que la femelle. Au contraire, chez les espèces polygames, on retrouve un dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
qui peut atteindre 100% et plus comme chez le gorille où le mâle peut être deux à trois fois plus gros que la femelle.

dimorphisme-sexuel-humain

Le dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
ne concerne pas que la masse corporelle, mais c'est ce que nous sous-entendrons lorsque nous en parlerons.

Plus de dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
= plus de polygynie est argument qui avait déjà été avancé par Darwin et qui, en plus d’être simplement confirmé par l’observation des espèces sur le terrain, repose sur la logique suivante :

  • dans les espèces polygynes, par définition, tous les mâles n’auront pas accès aux femelles : il y aura une compétition pour y avoir accès.
  • dans cette compétition, les mâles les plus gros (ou qui, par exemple, ont les canines les plus grosses, autre indicateur de polygynie) seront avantagés, puisque la compétition se règle souvent en combat singulier.
  • ces mâles les plus gros seront donc ceux qui se reproduiront le plus.
  • au fil du temps, leurs gènes leur permettant d’être plus gros que la moyenne se répandront dans la population, et la population ne sera bientôt plus que constituée que de gros mâles.
  • les femelles ne deviennent pas plus grosses car aucune pression de sélectionUne pression de sélection est une contrainte environnementale qui va "pousser" une espèce à évoluer dans une direction donnée.

    Par exemple, de nos jours, l'utilisation massive d'antibiotiques est une pression de sélection qui pousse les bactéries à devenir résistante. Il ne s'agit pas de dire que les bactéries voyant arriver une vague d'antibiotiques se mettent à produire des adaptations leur permettant de résister (dans le sens où les bactéries contrôleraient de façon consciente la façon dont elles évoluent), mais simplement de dire que c'est parce qu'il y a utilisation massive d'antibiotiques que les bactéries deviennent résistantes (celles qui ne le sont pas meurent et ne reste plus que dans la population les bactéries résistantes).

    Ces pressions de sélection peuvent provenir de l'environnement au sens large : il peut s'agir de l'environnement physique (climat, géographie...), animal (prédateurs, nourriture...), social (partenaires sexuels, alliances, ...).

    Quelques autres exemples de pressions de sélection :

    - la nécessité de réguler sa température corporelle est une pression de sélection expliquant l'apparition de glandes sudoripares (et autres moyens thermorégulateurs).
    - la nécessité de se déplacer facilement dans l'eau est une pression de sélection expliquant le profil hydrodynamique partagé par tous les poissons.
    - la compétition entre mâles pour l'accès aux femelles dans les espèces polygynes est une pression de sélection expliquant la différence de masse corporelle entre mâles et femelles (les mâles les plus gros et forts gagnent leurs combats et se reproduisent plus, tandis qu'être gros et fort ne bénéficie pas aux femelles).
    - la richesse énergétique des aliments sucrés et gras est une pression de sélection expliquant l'apparition d'un goût pour ces aliments chez l'homme.
    - etc...
    ne s’exerce sur elles à ce niveau-là (elles n’ont pas à se battre pour avoir accès aux mâles).
  • dans une espèce monogame, un individu qui serait un peu plus gros qu’un autre n’aurait aucun avantage adaptatif puisque l’accès aux femelles se fait facilement (c’est à dire sans combattre).

L’Homme, avec son dimorphisme sexuelLe dimorphisme sexuel désigne l'ensemble des différences phénotypiques entre mâle et femelle d'une espèce, à l'exclusion des différences ayant directement trait à la copulation et la gestation.

Ces différences peuvent concerner la taille, la couleur (comme chez le faisan), l'ornementation (plumes chez le paon mâle), le comportement (parades amoureuses)...

Dans un contexte évolutif, le dimorphisme sexuel se rapporte souvent uniquement à la différence de masse entre mâle et femelle, paramètre utilisé pour jauger du degré de polygamie d'une espèce.
de 20%, est donc difficilement considérable comme complètement monogame, tout du moins ne l’a-t-il pas été complètement dans le passé.

2/ La masse relative des testicules humains est assez élevée.

gorille

Les testicules humains représentent 0.079 % de la masse total du corps humain, ce qui est plus que dans le cas des gorilles (0.018 %) mais beaucoup moins que dans le cas des chimpanzés (0.269 %). Or il se trouve que ces chiffres sont corrélés avec le type de stratégie sexuelle  qu’emploie chaque espèce. La femelle gorille est monogame, et n’a eu qu’un seul partenaire sexuel pour chaque nouveau-né.  La femelle chimpanzé est en revanche promiscuite (ayant des rapports sexuels avec de multiples partenaires en dehors d’une relation à long terme), et a eu en moyenne treize partenaires sexuels mâles différents à chaque nouvelle naissance. Enfin, il est estimé qu’une femme a eu en moyenne 1.1 partenaire sexuel à chaque accouchement.

La grosseur relative des testicules humains serait donc un reflet de relations sexuelles à court terme courantes, puisque de grosses testicules permettent un avantage évolutif lors de la compétition spermatiqueLa compétition spermatique se réfère à la compétition existant entre spermatozoides de mâles différents cherchant à assurer la fécondation du gamète féminin.

Pour remporter cette compétition spermatique, la sélection naturelle a favorisé l'apparition de diverses adaptations chez les mâles de diverses espèces, comme la possibilité de relâcher un très grand nombre de spermatozoides, la surveillance des femelles, la production de substances toxiques limitant les tendances de la femelle à copuler plusieurs fois d'affilée, etc...

Cette compétition spermatique n'existant que chez les espèces où une femelle peut avoir des rapports avec plusieurs partenaires différents (espèces promiscuites ou polyandres), on peut se servir d'indices de compétition spermatique pour déterminer le système sexuel d'une espèce.
.

3/ Lorsqu’un couple fait l’amour après avoir été séparé un certain temps, le nombre de spermatozoides retrouvé dans les voies génitales de la femme est plus important que lorsque le couple fait l’amour tout en vivant de façon continue ensemble (Baker et Bellis).

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Et bien oui que voulez-vous, il faut bien que les chercheurs s’occupent avec l’argent qu’on leur donne. Baker et Bellis ont donc mis en évidence que quand un couple passe seulement 5% de son temps ensemble, près de deux fois plus de spermatozoides sont éjectés lors du prochain rapport sexuel que lorsque ce couple passe 100% de son temps ensemble. Cet effet se retrouve indépendamment de la date de dernière éjaculation de l’homme : même si l’homme se masturbe pendant qu’il est seul, il inséminera plus de spermatozoides au moment du prochain rapport s’il a été séparé de sa partenaire pendant un long moment que s’il se masturbe alors qu’il n’est pas séparé de sa conjointe.

La logique derrière cette particularité est la suivante : cette augmentation d’émission de spermatozoides après séparation est un avantage adaptatif car elle permet d’augmenter les chances de l’homme de voir ses spermatozoides féconder l’ovocyte de sa femme, au cas où celle-ci aurait eu des rapports sexuels avec d’autres mâles pendant la séparation. Cette augmentation du nombre de spermatozoides est un argument en faveur d’une compétition spermatiqueLa compétition spermatique se réfère à la compétition existant entre spermatozoides de mâles différents cherchant à assurer la fécondation du gamète féminin.

Pour remporter cette compétition spermatique, la sélection naturelle a favorisé l'apparition de diverses adaptations chez les mâles de diverses espèces, comme la possibilité de relâcher un très grand nombre de spermatozoides, la surveillance des femelles, la production de substances toxiques limitant les tendances de la femelle à copuler plusieurs fois d'affilée, etc...

Cette compétition spermatique n'existant que chez les espèces où une femelle peut avoir des rapports avec plusieurs partenaires différents (espèces promiscuites ou polyandres), on peut se servir d'indices de compétition spermatique pour déterminer le système sexuel d'une espèce.
, donc un argument en faveur de relations à court terme entre hommes et femmes.

 

Au niveau psychologique :

  • Le désir d’avoir un grand nombre de partenaires sexuels. Pas besoin de vous faire un dessin, quel que soit votre sexe vous savez probablement que l’homme possède un désir important à avoir des relations sexuelles avec une grande variété de personnes. Si vous voulez quand même des chiffres, jetez un oeil au  graphique suivant. En 1993, des chercheurs ont demandé à 16 288 étudiants non mariés à travers le monde combien de partenaires sexuels ils aimeraient avoir dans les trente prochaines années.

Nombre moyen de partenaires sexuels désirés par les hommes et les femmes dans les 30 prochaines années dans dix régions du monde.

Partout dans le monde, les hommes désirent donc avoir toujours plus de partenaires sexuels que les femmes.

  • Le syndrome du “je couche le premier soir” : les hommes sont plus partants que les femmes pour avoir des relations sexuelles peu de temps après avoir fait connaissance. (Pour éviter de me croire sur parole, les expériences associées à ce point ainsi qu’aux deux suivants sont disponibles ici).
  • Les hommes sont moins exigeants que les femmes dans le choix de leur partenaire, en matière d’âge mais aussi d’humour, de richesse, de sociabilité, d’intelligence, etc…
  • Les préférences des hommes sont déplacées vers des femmes montrant des signes de fertilité et d’accessibilité pour des relations à court terme.
  • L‘effet “je vais chercher les croissants” : l’attraction des hommes envers leur partenaire diminue après l’amour
  • L’effet “dernière tournée” : les hommes trouvent les femmes plus attirantes juste avant que le bar ne ferme, indépendamment de la quantité d’alcool consommée. (NB : cet effet existe aussi chez les femmes mais est significativement moins important).
  • Les fantasmes des hommes sont plus nombreux et mettent en scène plus d’étrangères, de partenaires multiples et anonymes que les fantasmes des femmes.
prostitution

La prostitution, l'un des marchés du crime organisé les plus lucratifs au monde.

Enfin au niveau comportemental, d’autres indices permettent de penser que l’homme est “fait” pour les relations à court terme : l’existence et l’importance de la prostitution, dont presque tous les clients sont des hommes (les hommes font 1000 fois plus souvent appel à la prostitution que les femmes, et Kinsey trouve que 69 % de tous les états-uniens auraient déjà eu une relation sexuelle avec une prostituée…), le fait que l’homme aurait plus de relations extraconjugales que la femme, consomme plus de pornographie que la femme (en fait 95 % de la pornographie mondiale…), etc…

 

La poupée qui fait oui

Ces derniers arguments nous ont apporté des preuves en faveur d’un homme non-monogame, mais nous ont paradoxalement également apporté des preuves en faveur d’une femme non-monogame. Comme le résume Robert Smith :

“L’ironie biologique [...] est que les mâles n’auraient pas pu être sélectionnés pour la promiscuité si historiquement, les femelles leur avaient toujours dénié l’opportunité pour exprimer le caractère”.

Ce qui signifie en clair qu’historiquement, si toutes les femmes avaient été entièrement fidèles à leur partenaire à long terme, la tendance masculine à chercher des relations à court terme n’aurait pas pu se répandre dans la population (sauf en cas de rapports forcés, ce qui est un autre problème). Et il n’est pas dur de s’apercevoir mathématiquement que si derrière chaque rapport sexuel à court terme masculin se cache un rapport à court terme féminin, cela signifie que les femmes ont en moyenne autant de rapports à court terme que les hommes !

Problème : n’a-t-on pas dit précédemment que parce qu’elles étaient limitées en terme de cellules reproductrices et très investisseuse dans leur progéniture, les femmes n’avaient évolutivement pas d’intérêt à chercher des relations à court terme ? Si on l’a dit, et on le maintiendra. Les femmes n’ont en général pas intérêt à chercher des relations à court terme, mais dans certains contextes particuliers cela peut être différent.

Tout le boulot consiste donc à trouver quels sont ces avantages adaptatifs. La crédibilité des théories sexuelles évolutionnistes étant en jeu, plusieurs avantages évolutifs n’ont pas tardé à être proposés :

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  • L’acquisition de ressources – c’est la promotion-canapé. Les femmes pourraient avoir des relations à court terme en échange de ressources comme de la nourriture, des biens, des services, des compétences ; en échange d’une protection, car les hommes sont enclins à défendre et protéger leur femme et les enfants qu’ils pensent être leurs ; ou encore en échange d’un plus haut statut social.
  • L’avantage génétique. Si votre partenaire masculin est stérile ou impuissant, aller voir ailleurs peut aider à concevoir un enfant. Si votre partenaire masculin à long terme est rabougri, aller voir ailleurs et copuler avec un homme en bonne santé ou de haut statut permet d’obtenir des enfants attractifs. C’est l’hypothèse du fils sexy proposé par Weatherhead et Robertson : en s’accouplant avec des hommes attractifs ayant du succès avec les femmes, une femme augmente ses chances d’avoir à son tour des garçons attractifs ayant du succès avec les femmes (d’où le “fils sexy”), augmentant par là-même son nombre de descendants. Une des raisons peut-être pour lesquelles certaines femmes aiment les bad boys.
  • Le premier pas vers un changement de partenaire. Des relations à court terme peuvent être un premier pas vers un changement de partenaire à long terme en cas de partenaire violent, inattentioné, etc… Cela permet également de faciliter la rupture avec un partenaire à long terme “maladaptatif” en lui fournissant un prétexte facile de séparation.
  • L’évaluation de potentiels partenaires à long terme. Une femme engagée dans une relation à court terme pourrait en profiter pour évaluer les qualités de son partenaire dans le but d’en faire un partenaire à long terme. Si cela est vrai, on devrait en particulier trouver chez les femmes une diminution de l’attraction envers un homme lorsqu’elles apprennent que celui-ci est déjà engagé, ou qu’il possède de nombreuses relations en-dehors d’elle.

Récapitulons…

Il est temps maintenant de récapituler ce que nous avons vu et de recentrer l’article sur la question qui nous intéresse : l’Homme est-il un polygame refoulé ? Nous venons de voir les avantages adaptatifs que les femmes pourraient avoir à effectuer des relations sexuelles sans lendemains. Nous avons également vu en début d’article que dans une étude, aucune des femmes interrogées ne se dit prête à coucher avec un inconnu. Contradiction ? Pas exactement. Les hommes, pour des raisons déjà expliquées, ont dans presque tous les cas un avantage adaptatif direct à avoir des relations à court terme : avoir un nombre de descendants plus grands. Les femmes n’ont pas ce genre de bénéfice direct, puisqu’elles sont limitées par leur anatomie.

En revanche, dans certains contextes particuliers que nous venons de voir, elles peuvent elles aussi bénéficier d’avantages adaptatifs et accorder aux hommes une relation à court terme. Les femmes “choisissent” la stratégie (court terme ou long terme) qu’elles souhaitent adopter en fonction du contexte (l’emploi du terme “choisir” facilite la compréhension mais n’est pas vraiment approprié, ne s’agissant pas de choix conscient à proprement parler ; il serait plus juste de dire que les femmes sont programmées par leurs gènes pour adopter telle ou telle stratégie avantageuse dans telle ou telle situation). En d’autres termes, les femmes contrôlent le nombre de relations à court terme que les hommes peuvent avoir. Les hommes veulent avoir le plus grand nombre de relations sexuelles à court terme possible mais sont limités par le nombre que leur en accordent les femmes, qui leur en accordent uniquement quand cela leur bénéficie aussi d’une manière ou d’une autre.

domination homme par femme

Quand on possède des ressources sexuelles aussi précieuses que celles des femmes, on ne les donne pas au premier venu : parasitées peut-être, mais pas par n'importe qui.

A-t-on cependant répondu à la question : “l’Homme est-il un polygame refoulé ?” À moitié. L’homme et la femme présentent clairement des caractéristiques physiologiques, psychologiques et comportementales qui montrent que notre histoire ancestrale n’est pas un long fleuve tranquille fait de monogamie. Mais nous pourrions avoir été polygames dans le passé et ne plus l’être aujourd’hui (comme sembleraient le prouver nos sociétés occidentales monogames). Ou encore, que se passe-t-il dans les contextes où les femmes n’ont pas intérêt à établir de relations à court terme ? Sans compter qu’avoir des relations à court terme avec plusieurs partenaires ne signifie pas avoir des relations à long terme avec plusieurs partenaires, qui est la vraie définition de la polygamie. Tous ces problèmes seront abordés dans la deuxième partie, où nous commencerons à démonter la dichotomie monogamie / polygamie pour introduire de nouveaux systèmes sexuels d’intérêt, tout en étudiant les avantages évolutifs des relations à long terme pour l’Homme.

 

À emporter

  • Chez toutes les espèces présentant une différenciation mâle-femelle, la femelle produit des gamètes moins nombreux et plus coûteux que ceux du mâle.
  • A cause de cette assymmétrie, les femelles ont fournit plus d'investissement parental que le mâle dès le moment de la fécondation.
  • On s'attend donc à ce qu'elles continuent à s'investir plus que le mâle par la suite, celui-ci ayant plutôt intérêt à chercher de nouveaux partenaires.
  • Un certain nombre de caractéristiques physiologiques, psychologiques et comportementales confirment cette tendance à la "dispersion" chez l'homme.
  • Cependant, à chaque relation à court terme pour l'homme correspond une relation à court terme pour la femme : la femme a autant de relations à court terme que l'homme, c'est même elle qui détermine le nombre en autorisant ce type de rapports dans les contextes qui lui sont évolutivement bénéfiques.

Pour approfondir...

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23 réactions à “L’Homme est-il un polygame refoulé ? Partie 1/3 : l’homme, ce parasite sexuel.”

  1. al

    5 Dec 2011

    à 0:10

    Intéressant, comme toujours, ce décentrage évolutif du regard sur notre espèce…On attend la suite ;-)

    Reply to this comment
    • Alexis Mandre

      5 Dec 2011

      à 0:10

      Et oui la suite devrait arriver fin du mois de décembre, c’est très chargé en ce moment de mon côté.

      Reply to this comment
  2. Science Etonnante

    22 Jan 2012

    à 0:10

    Bon eh bien j’ajoute ma voix pour demander la suite :-)

    Question au passage : tu dis que le gorille présente un important dimorphisme sexuel, mais qu’il est monogame ? Je croyais avoir compris que ça allait dans l’autre sens. Et puis j’avais cette image du gros “à dos argenté” régnant sur son harem, je me trompe ?

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    • Alexis Mandre

      22 Jan 2012

      à 0:10

      Tu as raison j’ai mal formulé : c’est la femelle gorille qui est monogame, le mâle est polygyne. J’ai corrigé…

      Merci d’être passé !

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  3. Delixianne

    27 Jan 2012

    à 0:10

    N’oublions pas que la monogamie fut imposée par l’Eglise afin de mieux contrôler la population ! Il n’est donc indiqué nulle part que la monogamie est inscrit dans la nature même de l’homme (ou de la femme, d’ailleurs !).

    Si l’instinct nous pousse à continuer de regarder ailleurs, c’est bien qu’il y a quelque chose d’inscrit au plus profond de nous.

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    • Alexis Mandre

      31 Jan 2012

      à 0:10

      En effet, il n’est inscrit nulle part que la monogamie est inscrite dans la nature de l’Homme. Mais c’est une possibilité, certaines espèces animales sont bien monogames ! L’Eglise n’a pu faire que réglementer une tendance qui existait déjà. Mais son rôle sera abordé plus précisément dans les parties 2 et 3 de cet article.

      Quant à l’instinct que vous évoquez, c’est un des arguments (cf les traits psychologiques évoqués ci-dessus), mais certaines personnes vous opposeront toujours qu’il peut s’agir en fait d’influences culturelles internalisées qui nous poussent à vouloir toujours plus en matière de sexe.

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  4. fabrice

    31 Jan 2012

    à 0:10

    Bravo pour cet article, très interessant!

    Je pense que la nature de l’homme, ce n’est pas la monogamie. C’est la société qui essaye de le formater pour qu’il paraisse mois animal, bien ou pas?

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    • Alexis Mandre

      31 Jan 2012

      à 0:10

      Bonjour Fabrice,

      c’est peut-être une partie de la réponse. Mais peut-être aussi incomplète, car la monogamie a aussi des avantages “naturels”. Les influences de la société dont vous parlez seront évoquées plus tard.

      Merci d’être passé.

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  5. Chrys

    11 Feb 2012

    à 0:10

    Super article. En effet, l’homme est polygame. Son instinct sexuel le pousse à répandre au maximum ses gêne.

    J’ajouterai que la femme, quand à elle, est monogame, mais seulement à court terme. Ce qui explique pourquoi les femmes, contrairement aux hommes, ont tendance à trompé plus tard dans la relation et pourquoi c’est à 82% du temps elle qui initie le divorce

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    • Alexis Mandre

      12 Feb 2012

      à 0:10

      Salut Chrys,

      as-tu des sources concernant les chiffres que tu avances ?

      Le “court terme” que tu évoques est plus long que mon “court terme” à moi sinon. Quelques années n’est plus du court terme pour moi. Pour l’homme, je ne sais pas si c’était censé être une justification, mais être polygyne ne favorise pas toujours l’expansion ses gênes !

      Al.

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  6. Peu_importe

    22 Feb 2012

    à 0:10

    Bonjour
    J’ai lu presque tout le site d’un coup. J’adoRRrrre!!
    Le point de vue scientifique sur l’homme et ses comportements on toujours été, pour moi, la meilleur explication à beaucoup de choses et vous le formulez, l’expliquez, l’exposez… Merveilleusement!!!
    Merci beaucoup pour votre travail
    J’attend la suite avec impatience

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    • Alexis Mandre

      22 Feb 2012

      à 0:10

      Content que vous l’ayez aimé! La suite arrive, la suite arrive…
      Al

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  7. [...] « L’Homme est-il un polygame refoulé ? » publiée sur ce blog-même en trois parties a été sélectionnée pour faire partie de la première anthologie papier des blogs de science [...]

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  8. [...] de cœur du jury par son dossier en trois parties sur la polygamie refoulée de l’homme : L’homme, ce parasite sexuel, La monogamie en série, Ecologie, culture et Dr [...]

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  9. [...] de cœur du jury par son dossier en trois parties sur la polygamie refoulée de l’homme : L’homme, ce parasite sexuel, La monogamie en série, Ecologie, culture et Dr [...]

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  10. Cataly

    11 Jun 2013

    à 0:10

    Pauvre Homo Fabulus.

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  11. [...] j’ai lu ces trois articles: L’Homme est-il un polygame refoulé ? Partie 1/3 : l’homme, ce parasite sexuel., L’Homme est-il un polygame refoulé ? Partie 2/3 : la monogamie en série., L’Homme est-il [...]

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    • Alexis Mandre

      7 Jul 2013

      à 0:10

      En réaction à ce billet de singlemadeleine, j’ai posté un commentaire, que je retranscris ici. Les thèmes que j’aborde sont si sensibles socialement et si difficiles à cerner complètement que mon propos est souvent déformé, mais malgré tout oui, malgré tout ce que j’écris je me considère comme féministe, et non je ne suis pas en train de défendre l’idée que les hommes ont plus le droit que les femmes d’avoir de multiples partenaires ! Relisez les billets si vous pensez que j’ai écrit ça (les trois billets svp, pas que le premier).

      Bonjour,

      je suis Alexis Mandre, l’auteur du blog Homo Fabulus que vous citez dans cet article. Ravi que mes articles aient pu nourrir votre réflexion. Il me semble néanmoins que vous avez mal compris mon propos sur plusieurs points et j’aimerais apporter quelques précisions.

      Tout d’abord le plus important c’est que je n’essaie de justifier rien du tout, je ne cherche en aucun cas à dire qu’il est normal pour les hommes d’avoir plein de partenaires mais pas pour les femmes. Je cherche juste à comprendre le monde qui m’entoure, notamment en nous comparant aux autres espèces de primates. Je suis dans une approche descriptive et pas normative: j’essaie de dire ce qui est et pas ce qui devrait être.

      Ensuite, j’essaie de faire ça en me basant sur des données, sur des faits. Vous aurez remarqué que je cite mes sources dans mes billets, que ces sources sont des travaux reconnus de chercheurs réputés, validés par la communauté spécialiste de ces questions depuis des dizaines d’années. Je n’écrirai jamais dans un article comme vous le faites “Le problème c’est que mes expériences me montrent totalement le contraire”: ma petite vie à moi ne me permet pas de répondre à ce genre de grandes questions, il faut des centaines de données récoltées sur des échantillons divers pour pouvoir se faire une idée de la chose.

      Enfin, vous citez mes billets, de façon partielle. A la fin du 2e, je dis par exemple:

      “Nous avons vu qu’avoir beaucoup de relations à court terme possédait des inconvénients pour la femme comme pour l’homme. Nous avons aussi vu que l’homme comme la femme avaient tous les deux développé des préférences leur permettant de repérer les partenaires qui leur seraient le plus fidèles. Mais nous avons également vu en première partie que chacun des sexes a, dans des conditions particulières, intérêt à entrer dans des relations sexuelles à court terme.”

      Je ne suis donc pas du tout en train de dire que les multiples partenaires sont réservés à l’homme ! Toute la différence réside dans la nuance entre stratégies de relations sexuelles à court terme et relations sexuelles à long terme (si vous parlez anglais, je vous invite à lire la publication de référence sur le sujet “:Sexual Strategies Theory: an evolutionary perspective on human mating (Buss et Schmitt, 1993)”)

      Enfin, je me pose la question de la sexualité humaine “à l’état naturel”, telle qu’elle pouvait être il y a des milliers d’années (mon blog est un blog évolutionnaire). Nul doute que même si des influences génétiques persistent, nos sociétés modernes ont changé pas mal de choses (contraception, IVG, …) qui peuvent expliquer pourquoi vous trouvez mes explications pas en phase avec des comportements observés.

      C’est ce que je voulais dire en gros, cette question de la sexualité “naturelle” de l’Homme est passionnante, mais elle doit se baser sur des données pour être prise au sérieux. Cela dit, les données montrent que les femmes (et femelles dans le règne animal) ont aussi de multiples intérêts à avoir beaucoup de partenaires, donc on est d’accord sur ce point. :) J’essayais d’expliquer dans mes billets quelles subtiles différences subsistent tout de même entre les deux sexes, malheureusement je crois que je n’ai pas réussi à me faire comprendre dans votre cas.

      Bonne continuation,
      Alexis.

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  12. […] demander si l’être humain est fait pour vivre en couple. Peut-être que nous sommes tous des polygames refoulés…) Inadmissible qu’une société qui valorise tant la liberté individuelle formate tant […]

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  13. […] Homo Fabulus, la série "L’homme est-il un polygame refoulé […]

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  14. Johng88

    1 May 2014

    à 0:10

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  15. gudrun

    2 May 2014

    à 0:10

    bonjour
    article intéressant mais quelques généralités me gênent peut être à tort
    la différence de taille dans la nature liée à la polygynie par exemple: de nombreuses espèces, la plupart des oiseaux mais surtout les rapaces ont des femelles plus grosses que les mâles sans que ce soit un signe particulier de monogamie ou de polyandrie.
    enfin le couple monogame “occidental” semble plutôt une survivance ancestrale de marge qu’un aboutissement évolutif social dans l’espèce humaine: je renvoie pour cela aux travaux sur les systèmes familiaux très bien vulgarisés en France par Emmanuel Todd qui est souvent intéressant quand il ne joue pas au gourou intellectuel sur les plateaux TV

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    • Alexis Mandre

      3 May 2014

      à 0:10

      en effet en matière de polygynie je pense qu’il vaut mieux limiter les comparaisons aux mammifères voire même aux autres primates, au-delà cela devient plus dur de comparer avec l’Homme.

      Il faudrait développer plus ce que vous entendez par “survivance ancestrale de marge” pour que je vous réponde, mais je ne dis pas forcément que tout est histoire d’évolution. J’explore simplement certaines hypothèses en essayant de me baser sur la littérature. En tout cas je n’employerais pas le mot d’ “aboutissement” !

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