Une bonne raison de se mettre en colère : la théorie recalibratrice

5608 lectures. Publié le 27 November 2011 par dans la catégorie Emotions

Une bonne raison de se mettre en colère : la théorie recalibratrice

Vous est-il déjà arrivé de vous demander pourquoi vous vous mettez en colère ? Pas dans le sens de “est-ce que ça en vaut la peine ?”, mais dans le sens de “quelles sont les situations qui entraînent chez moi un sentiment de colère ?”.

C’est ce qu’ont fait certains chercheurs en psychologie évolutionniste, qui cherchent à déterminer pourquoi cette émotion est apparue dans l’espèce humaine. Une des hypothèses avancées est résumée sous la forme de la théorie recalibratrice de la colère.

“La colère est une courte folie.” Horace.

Cette théorie se base sur l’idée que dans un groupe social, chaque individu a des intérêts qui ne correspondent pas forcément à ceux de ses partenaires : ils veulent se reproduire plus, ils veulent que plus de coopération ait lieu, ou ils veulent que leurs partenaires les estiment plus.

jolie fille attractiveDans ce dernier cas, la colère serait particulièrement efficace : lorsque vous estimez que vos partenaires ne vous accordent pas assez d’importance, votre colère permet de faire remonter le niveau de leur estime.

Comment tester cette hypothèse ? En ajoutant l’idée que l’expression de la colère doit fonctionner beaucoup mieux chez des personnes étant capables de mettre leurs menaces à exécution, c’est à dire d’infliger des coûts importants, ou de conférer des bénéfices importants. Chez les hommes, infliger des coûts se fait facilement par la violence physique et l’agression. Chez les femmes et chez les hommes, la beauté physique est un moyen facile de conférer des bénéfices, car elle est importante dans l’établissement de relations d’amitiés et la recherche de partenaires sexuels.

Bref, la prédiction émanant des hypothèses évolutionnistes est la suivante : on devrait trouver une plus grande propension à la colère chez les hommes forts et chez les hommes et femmes attractifs.

De la théorie à la pratique

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Un homme probablement très, très colérique.

Sell a testé cette prédiction en mesurant la force du haut du corps (indicateur classique pour estimer la force générale d’un individu) de sujets ainsi que leur attractivité physique (auto-évaluée, avec la phrase “je pense être plus attractif que __ % des individus de même sexe que moi”).

Les résultats confortent largement les prédictions : les hommes les plus forts (mais pas les femmes) reportent une facilité plus grande à se laisser emporter par la colère, reportent plus de combats eus dans le passé, reportent plus de succès dans des conflits sociaux antérieurs, et plus de confiance dans la capacité de la colère à régler les conflits.

Les mêmes résultats s’appliquent également grosso modo chez les femmes et les hommes attractifs, avec une tendance plus marquée chez les femmes. Les femmes les plus attractives ont une tendance plus forte à se mettre en colère et à croire en ses vertus de remède aux problèmes sociaux.

Etre beau et fort ne fait pas tout

Il reste encore pas mal de choses à faire pour confirmer cette théorie de la recalibration. Notamment, il faudrait tester d’autres moyens d’infliger des coûts et procurer des bénéfices, autres que la force physique et l’attractivité physique. Il faudrait également vérifier que la valeur que nous attribuons à un partenaire augmente effectivement après un épisode colérique de celui-ci.

Mais ces expériences procurent un bon exemple du mode de fonctionnement de la psychologie évolutionniste : on se sert de connaissances sur le mode de vie de nos ancêtres humains pour produire une hypothèse évolutionniste sur la raison d’être d’un de nos mécanismes cognitifs, en l’occurrence la colère, puis on teste la véracité de cette hypothèse en testant les prédictions qu’elle fait sur les comportements humains.

Et vous, avez-vous déjà remarqué que vos collègues beaux ou forts avaient plus tendance à se laisser emporter ?

 

À emporter

  • La théorie recalibratrice de la colère suppose que cette émotion a évolué au moins en partie pour faire comprendre aux autres qu'ils feraient mieux de nous considérer un peu plus.
  • Cette théorie est étayée par le fait que les hommes et femmes forts ou attractifs semblent plus sujets à la colère que les autres (leurs menaces sont plus crédibles).

Pour approfondir...

  • Publication : Formidability and the logic of human anger (Sell, 2009). PDF ici.

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