Est-ce encore possible de faire de la psychologie NON évolutionnaire ?

336 lectures. Publié le 7 February 2022 par dans la catégorie Adaptationnisme, Psychologie évolutionnaire

Est-ce encore possible de faire de la psychologie NON évolutionnaire ?

Est-ce encore possible en 2022 de faire de la psychologie non-évolutionnaire ?

Super article de @danielnettle @tscottphillips qui montre à quel point une grande partie de la psycho d’aujourd’hui qu’on considère non-évolutionnaire l’est pourtant :

https://psyarxiv.com/wky9h/

Cette conclusion vient de l’observation que quasiment toute la psycho (et même une partie de la socio comme ils le montrent) raisonne en terme de *fonction*. Or, la seule façon d’expliquer la fonction (ou l’adaptation, le design) des êtres vivants c’est la sélection naturelle.

Je pense qu’ils auraient pu développer ce point car il est critique pour leur exposé mais brièvement : le hasard n’explique pas la fonction, les contraintes non plus, les sous-produits sont toujours des sous-produits d’autres fonctions, et la culture a aussi toujours besoin de certaines fonctions dans le cerveau pour fonctionner (par exemple, la capacité à internaliser des normes, à imiter d’autres individus à succès, etc).

Voilà la façon dont les auteurs envisagent la diversité des psychologies évolutionnaires (EP). La “canonical”, c’est celle que je vous présente en ce moment sur ma chaîne : mécanistique, interactionniste, fonctionnaliste, adaptationniste et qui insiste sur la spécialisation.

La EP “explicite” se sert d’une analyse des problèmes de survie/reproduction pour penser nos mécanismes mais ne postule pas que ces mécanismes auront forcément un domaine restreint. Et la “implicite” laisse tomber toute référence à l’évolution et ne parle que de fonctions.

Bien que les auteurs ne le fassent pas, je pense qu’ils pourraient accompagner cette analyse d’une critique adressée à cette dernière psychologie « fonctionnelle mais pas évolutionnaire » : on a souvent tendance à caractériser cette façon de procéder comme « prudente ».

C’est à dire, ce serait bien de dire « oui on a dans le cerveau des mécanismes spécialisés pour reconnaître les visages, mais par contre je ne peux pas vous dire d’où ils viennent, peut-être qu’ils ont évolué par sélection naturelle, peut-être pas. »

Mais quelle est l’alternative ? Si la sélection naturelle est la seule façon d’expliquer la fonction, on pourrait aussi dire qu’il s’agit d’une forme de « pensée magique ». Pourquoi ne pas prendre ses responsabilités et aller au bout du raisonnement ? Ceux qui ne se prononcent pas ne sont pas « plus prudents », ils sont « trop prudents ».

Ce qui n’empêche pas que vous pouvez continuer à faire de la psychologie sans avoir recours à la pensée adaptationniste. Tout comme beaucoup de biologistes travaillent au jour le jour sans faire référence à la sélection naturelle. Mais tous savent que c’est leur cadre structurant.

Et certains s’en servent aussi explicitement pour faire des hypothèses sur la nature, la logique et l’organisation des phénomènes qu’ils étudient (leurs équivalents en psycho sont l’EP canonical et l’EP explicite donc).

Aussi d’accord que les discussions ne devraient plus être sur «la psycho évo est-elle possible en théorie ?» (cf certains articles de philosophes), mais sur les données elles-mêmes, peu importe qu’elles aient été produites par une approche qui se revendique évolutionnaire ou non.

Enfin, ça ne fait jamais de mal de rappeler ça : même si vous découvrez que vous êtes un psychologue évolutionnaire implicite, ça ne fait pas reculer l’importance des autres niveaux d’explication (culture notamment), car les explications ne sont pas un jeu à somme nulle.

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