Notes sur Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, par Stanislas Dehaene

Livre du jour, Apprendre ! de Stanislas Dehaene.

Comment un cerveau apprend ? Peut-il tout apprendre ? Et d’abord, ça veut dire quoi « apprendre » ?

Passionnant résumé des dernières recherches là-dessus dans ce livre ! #livresdhf

Le livre démarre par quelques réflexions abstraites sur « c’est quoi apprendre » en prenant en exemple les travaux en IA. Même si de gros progrès ont été faits, les machines sont encore loins de l’humain. Il leur manquerait notamment l’apprentissage de concepts abstraits, la vitesse d’apprentissage (qu’on ait pas à leur fournir des milliards de données), l’apprentissage social…

Une jolie définition : pour un cerveau, « apprendre, c’est inférer la grammaire d’un domaine ». C’est à dire formuler des lois abstraites, établir des liens, des hiérarchisations entre objets ou concepts pour rendre compte de nos observations. Apprendre consisterait à sélectionner, parmi toutes les grammaires possibles, celle qui s’ajuste le mieux aux données du monde.

Les modèles seraient mis à jour par apprentissage bayésien. L’erreur entre ce que prédit le modèle et ce que l’on observe dans le monde permet d’ajuster le modèle, comme un tireur de canon ajuste son tir après avoir vu où le boulet a atterri.

Ce phénomène semble être à l’oeuvre chez les bébés dans pleins de domaines, détaillés dans le livre : apprentissage des objets, des nombres, des visages, des langues. Dans chacun de ces cas, il est dit TRÈS CLAIREMENT que ce n’est pas parce que ces choses sont apprises que l’évolution n’a pas eu son mot à dire dans cet apprentissage. D’abord parce que les bébés ne partent pas de zéro et viennent au monde avec des bases de données. Les bébés « savent » déjà certaines choses sur le monde en naissant. Ils « savent » que les objets ne disparaissent pas, peuvent faire la différence entre des quantités, ont une attirance spéciales pour les visages, font la différence entre les voyelles et consonnes…

Et ensuite parce que l’évolution *permet* mais aussi *contraint* les apprentissages et la plasticité. Plasticité cérébrale oui, mais « plasticité limitée, canalisée, confinée à des circuits précis », et limitée dans le temps pour beaucoup de capacités cognitives.

Comme c’est le passe-temps favori de certains de faire croire que la psycho évo pratique une science « à part », coupée des avancées en sciences cognitives et biologie de l’évolution (blah blah blah modularité, blah blah blah adaptationnisme), c’est un régal de voir qu’un neuroscientifique mainstream reprend à son compte nombre des concepts centraux en psycho évo. (mon « reprend » n’a pas de valeur chronologique, les emprunts vont dans les deux sens). Et cette insistance sur l’évolution, sur les contraintes qu’elle a placées sur notre psychologie, sur la dissolution de la distinction entre inné et acquis, n’est pas qu’évoquée en passant mais est centrale dans le livre. Visez un peu par vous-même, petite sélection.

Et même si vous êtes déjà convaincu de l’importance de l’évolution pour comprendre la psychologie humaine, il reste des points discutés et des débats ouverts sur plusieurs questions. Par exemple, comment, l’évolution a fait en pratique pour contraindre nos apprentissages, nous pousser à apprendre plus facilement certaines choses que d’autres ? Il y a plusieurs solutions pour ça, et ce livre fait beaucoup réfléchir à cette question !

Enfin, des conseils très pratiques sont donnés pour optimiser nos apprentissages, c’est à dire apprendre à mieux apprendre : prêter attention, être actif, avoir des retours sur erreur (notamment en se testant, et pas seulement le jour de l’exam) et consolider les apprentissages en les répétant et espaçant.

J’en profite pour relayer le débunking d’un mythe : apprendre activement ne signifie pas que l’enfant doive être laissé à lui-même, qu’il faille le laisser découvrir les choses par lui-même. Il faut toujours le guider, mais à travers des activités, discussions, travaux en groupe, etc.

Discussion aussi très intéressante de la curiosité, vue comme un artifice mental nous poussant à détecter « des zones d’apprentissage potentielles », qui ne soient ni trop dures, ni trop faciles : le bon degré de nouveauté.

Énormément d’autres sujets couverts : peut-on apprendre en dormant, peut-on faire plusieurs choses à la fois, comment nos neurones se rappellent, le sommeil est-il ce qui manque aux machines, etc, je ne peux pas tout couvrir. Livre extrêmement stimulant intellectuellement parlant, chaudement recommandé !

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