Où et comment étudier la psychologie évolutionnaire ?

1487 lectures. Publié le 27 March 2022 par dans la catégorie Psychologie évolutionnaire

Où et comment étudier la psychologie évolutionnaire ?

Vous êtes au lycée et voulez savoir comment vous former en psychologie évolutionnaire ? Vous êtes déjà à l’université et envisagez une reconversion ? J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. La mauvaise, c’est que les formations à la psycho évo sont très rares en France, pour ne pas dire inexistantes (à l’heure où j’écris ces lignes en tout cas). La bonne, c’est que je ne pense pas qu’une formation universitaire spécialisée là-dedans soit forcément nécessaire.

Les formations universitaires

Pour différentes raisons historiques, institutionnelles, scientifiques et politiques, les masters de psycho évo n’existent pas en France (vous pouvez par contre trouver des cours de psycho évo intégrés à d’autres cours plus larges, au sein de licences ou de masters de sciences cognitives par exemple).

En attendant que cela change un jour, la psycho évo étant le mariage des sciences de l’évolution et des sciences cognitives, essayez de vous former dans ces deux disciplines. Ce qui rajoute de la difficulté, c’est que ces deux disciplines ne sont souvent enseignées qu’à partir du niveau master et pas dès la licence.

Pour les sciences cognitives, la fédération française des sciences cognitives a mis en ligne un outil très pratique qui répertorie toutes les formations de sciences cognitives en France : https://federationfresco.fr/guide-des-sciences-cognitives-version-numerique-formations/

Vous verrez qu’au niveau licence, il n’y a qu’une formation à Lyon, plus quelques licences “Mathématiques et Informatique appliquées aux sciences humaines et sociales” un peu partout en France. Au niveau master vous aurez par contre beaucoup plus de choix, avec des masters de sciences cognitives dans plein de villes différentes.

Je ne connais pas de site équivalent recensant les formations à la biologie de l’évolution, mais au niveau licence, il existe des parcours « biologie des organismes », « biologie des populations », « biologie des espèces », parfois « écologie et évolution », « sciences du comportement », qui sont les plus pertinents pour faire de la psycho évo ensuite. Au niveau master, de nouveaux mots-clés apparaîtront, comme “écologie comportementale” ou “éthologie” (j’en reparle ci-dessous). Vous pouvez nourrir de ces mots-clés ce moteur de recherche : https://www.trouvermonmaster.gouv.fr/ La biologie de l’évolution est vaste, et si vous devez faire des choix tapez en priorité dans les cours de biologie de l’évolution « théorique » (on doit vous y parler de gène égoïste, de sélection de parentèle, d’investissement parentalL'investissement parental désigne l'ensemble des ressources (que ce soit en temps, en nourriture, en soins, etc...) qu'un organisme donné alloue à la survie et au développement de ses descendants, au détriment de la production de nouveaux descendants.

Pour maximiser son nombre de descendants, deux stratégies peuvent être adoptées par tout organisme : produire un grand nombre de descendants sans trop s'en occuper (c'est ce qu'on appelle la sélection r), ou produire peu de descendants mais bien s'en occuper (c'est ce qu'on appelle la sélection K).

Les espèces utilisant la sélection K privilégient la qualité à la quantité. Les espèces utilisant la sélection r privilégient la quantité à la qualité.

Les humains font partie des espèces fournissant le plus d'investissement parental et utilisant la sélection K, ils produisent peu de descendants mais s'en occupent pendant très longtemps, maximisant ainsi les chances de survie et de reproduction de chacun.
, de réciprocité, de théorie des jeux, d’ESS, de dynamique adaptative…) et tapez dans tout ce qui est écologie comportementale / éthologie cognitive. Par contre, tout ce qui est génétique comportementale, génétique des populations ou phylogénétique, bien qu’intéressant en soi, vous sera moins utile en psycho évo. Enfin, sachez qu’en biologie de l’évolution, que ce soit en terme de recherche ou d’enseignement, Montpellier est une ville tout aussi importante que Paris (si ce n’est plus).

Si vous êtes encore au lycée, et si des licences en sciences cognitives ou biologie des organismes n’existent pas près de chez vous, ne vous prenez pas trop la tête : faites une licence de biologie classique ou une licence de psychologie classique. Et si vous avez le choix de certains enseignements (ou si vous avez la motivation de prendre des cours hors cursus, car tout est possible à l’université, quand on ne fait pas la fête tous les soirs bien sûr), choisissez ceux qui sont proches de tous les sujets cités au-dessus.

Plutôt licence de biologie ou de psychologie d’ailleurs ? Au-delà des goûts personnels, si j’étais dans cette situation aujourd’hui, je pense que je choisirais biologie. Vous aurez des cours de biologie cellulaire ou moléculaire qui vous feront bailler, mais ça vous donnera la culture générale. De plus, les connaissances en psychologie sont moins fiables que celles en biologie. Enfin, étudier la biologie vous garde au contact de la chimie et de la physique, des disciplines qu’il me semble dommage d’abandonner dès la L1. Dans tous les cas, ne vous mettez pas trop la pression si vous êtes encore au lycée. Vous avez largement le temps de tester des trucs, de vous tromper et de changer de voie si ça ne vous intéresse pas. Restez curieux, testez des cours. Et même au niveau master, nombreux sont ceux qui se réorientent, ou qui font un deuxième master pour en compléter un premier.

Attention, si vous faites une licence de psychologie classique, il existe différents types de psychologie. Essayez de choisir les formations les plus proches de la « psychologie cognitive », et ne vous étonnez pas si vous tombez parfois sur des psychologues hostiles aux approches évolutionnaires des comportements.

Si vous aimiez les maths au lycée, ne perdez pas non plus ce goût et ces compétences ensuite simplement parce que votre formation n’inclut plus de cours de maths. Essayez en particulier de suivre des cours de modélisation, très utiles en biologie de l’évolution et en neurosciences computationnelles. Et si vous avez encore le temps, formez-vous en statistiques. Vous aurez tôt ou tard des cours de statistiques pour faire de la recherche de toute façon, donc autant commencer tôt. Essayez aussi de voir si vous aimez programmer. Si oui, apprenez un ou deux langages (Python / R surtout), ce sont des compétences qui vous seront toujours utile en recherche, et bien souvent en-dehors aussi.

Au-delà de la biologie et des sciences cognitives, il existe des moyens détournés pour faire de la psycho évo, dûs à son caractère très interdisciplinaire. Ça intéressera celles et ceux qui sont déjà loins dans les études et veulent se reconvertir, mais aussi celles et ceux qui sont au lycée et ne sont pas emballés spécifiquement par la biologie ou la psychologie. Je cite quatre voies qui me viennent à l’esprit, il y en a sûrement d’autres :

  • faites des mathématiques. Pour les raisons mentionnées juste au-dessus, je me dis parfois qu’une licence de maths/info n’est pas un choix post-bac si nul que ça pour faire ensuite de la psycho évo… Ça pourrait même vous faire sortir du lot, parce que beaucoup de psychologues évolutionnaires ont été formés en psychologie ou en biologie où les maths ne sont généralement pas très intenses. Vous pouvez même pousser en maths jusqu’au master : dans ce cas, spécialisez-vous en théorie des jeux et modélisation au sens large (le livre «A Biologist’s Guide to Mathematical Modeling in Ecology and Evolution » de Sarah Otto et Troy Day est un classique sur le sujet, ça vous donnera une idée du type de maths dont on a besoin en biologie). Attention, pendant ces cinq années post-bac, vous n’allez pas quasiment pas entendre parler d’humain, donc ça pourrait être dur de rester motivé. Il faut vraiment que vous aimiez les maths en elles-mêmes pour faire ce genre d’études, et il faudra vous former en biologie de l’évolution et sciences cognitives par vous-même (voir ci-dessous les sections « Stages » et « Lectures »). Il vous faudra aussi pour votre stage de master ou votre thèse trouver un encadrant porté sur les maths ET la psycho évo, ce qui ne court pas les rues, mais en élargissant à la biologie de l’évolution ça devrait être plus facile. Au-delà de ça, je pense que les maths sont encore sous-utilisées en psycho évo, et si vous êtes formé·e en statistiques en plus, vous vous ferez beaucoup d’amis dans les labos.
  • faites de l’éthologie / écologie comportementale (étude du comportement animal). En particulier, une sous-branche de l’éthologie nommée « cognition comparée » (ou « psychologie évolutionnaire comparée ») vise à comparer les cognitions des animaux, en incluant souvent l’humain. L’avantage, c’est que les masters d’éthologie sont infiniment plus nombreux que ceux de psycho évo (grâce à la division par zéro). Les principaux sont à Rennes, Paris XIII, Strasbourg, St Étienne (annuaire plus complet ici sur le site de la sfeca). Certains de ces masters enseignent un peu le comportement humain (voir leurs sites web), mais vous entendrez quand même beaucoup moins parler d’humain que dans un master de sciences cognitives (choisissez les cours d’éthologie comparée ou d’éthologie cognitive autant que possible). Malgré ça, les passerelles entre l’éthologie et la psycho évo sont évidentes, et certains diront que c’est la même discipline, à une espèce près. Si des études en éthologie vous tentent, je vous conseille de lire l’excellent article de ma collègue Agatha sur le sujet, à qui j’ai d’ailleurs piqué la liste de formations ci-dessus.
  • faites de l’anthropologie. Beaucoup d’expériences de psychologie évolutionnaire sont répliquées dans des pays variés, y compris dans des sociétés traditionnelles de chasseurs-cueilleurs. Donc si vous avez une formation d’anthropologue et en particulier des contacts sur le terrain pour étudier des sociétés non industrialisées, vous n’aurez pas de mal à trouver des gens qui voudront bosser avec vous. Si vous le pouvez, spécialisez-vous en anthropologie évolutionnaire ou en anthropologie cognitive, mais ces spécialités sont rares, surtout en France. Attention d’ailleurs, une bonne partie de l’anthropologie est encore assez hostile aux approches évolutionnaires du comportement et aux sciences cognitives. Ça veut dire que vous vous sentirez souvent seul·e dans votre fac, que vous pourriez avoir du mal à trouver des gens pour vous encadrer, et qu’il faudra peut-être partir à l’étranger pour réellement faire de l’anthropologie évolutionnaire. Mais mis à part ces (gros) problèmes, les connaissances et compétences de terrain des anthropologues restent extrêmement précieuses pour faire de la psycho évo.
  • faites de la philosophie. Surtout de la philosophie analytique, et de la philosophie de la biologie ou de la philosophie de l’esprit en particulier. Malheureusement, comme chez les anthropologues, il existe une certaine hostilité des philosophes à l’égard des approches évolutionnaires du comportement humain (dans les formations classiques tout du moins). Vous pourriez donc aussi vous retrouver un peu seul·e pendant vos études, et c’est bien dommage car il existe encore à mon avis des éclaircissements conceptuels à faire en psycho évo, auxquels les philosophes pourraient largement contribuer. Un avantage possible des étudiants en philosophie sur les étudiants en anthropologie sera pour trouver un encadrant de stage / thèse, car vous pourrez contacter tous les chercheurs en psycho évo qui font un peu de théorie (il y en a beaucoup). De plus, il me semble qu’en France, les philosophes rattachés aux sciences cognitives sont bien plus nombreux que les anthropologues rattachés aux sciences cognitives, et ces philosophes sont généralement moins allergiques à l’évolution que les autres.

Il me paraît possible d’étudier dans ces quatre voies jusqu’au master pour ensuite bifurquer en psycho évo simplement en choisissant bien le sujet et les encadrants de votre stage de master (ou de votre thèse). Mais si vous vous sentiriez plus à l’aise en ayant un diplôme proche de la psycho évo, sachez que les masters de sciences cognitives recrutent généralement très larges. Non seulement chez des licenciés de psychologie et de biologie, mais aussi de philosophie, linguistique, sociologie, mathématiques, économie… et même ingéniérie et médecine (voir par exemple ) ! Donc n’hésitez pas à tenter votre chance si vous souhaitez vous reconvertir. Je pense en particulier aux personnes qui auraient choisi des études de sciences sociales après le bac parce qu’elles pensaient que c’était les seules à leur permettre d’étudier l’humain / le social. N’ayez pas peur de vous rediriger vers les sciences naturelles et la psycho évo en particulier en passant par les sciences cognitives. D’ailleurs, la dernière fois que je suis retourné dans le labo où j’ai fait ma thèse, les étudiants n’étaient majoritairement pas issus de la biologie ou des sciences cognitives mais des sciences sociales ! Et moi je n’ai découvert l’existence de la psycho évo qu’en master, donc il n’est jamais trop tard.

Puisque j’évoque mon cas, vous pouvez aussi faire une prépa et ensuite revenir à l’université. Perso j’ai fait une prépa BCPST (Biologie Chimie Physique Sciences de la Terre), puis j’ai enchaîné sur une licence de biologie et un master de sciences cognitives, avant de faire une thèse en psycho évo (au sens large). Vous pourriez aussi opter pour la prépa B/L, qu’on qualifie souvent de « littéraire » mais qui est très interdisciplinaire et enseigne les maths et les sciences sociales. Vous pouvez aussi faire une prépa MP pour continuer ensuite à la fac en modélisation / théorie des jeux / statistiques – mais à nouveau, attention car ces études seront complètement déconnectées de la biologie et de l’humain. Il faut vraiment aimer les maths en elles-mêmes pour se lancer là-dedans.

Vous n’avez pas non plus forcément besoin de retourner à l’université après votre prépa. Vous pouvez enchaîner avec une grande école, puis refaire un master orienté recherche derrière. Vous « perdez » deux ans dans l’histoire, mais l’avantage c’est que vous aurez une relative sécurité de l’emploi avec votre diplôme de grande école. La prépa BCPST vous conduit naturellement aux écoles d’ingénieur agronome, ce qui vous garde au contact de la biologie, mais les cours en agriculture/agro-alimentaire vous seront évidemment peu utiles en psycho évo. Peut-être existe-t-il des écoles plus orientées « sciences cognitives » ou « sciences du comportement » ? Je ne sais pas. La prépa MP vous conduit à des écoles variées, et celles qui traitent d’IA ou de robotique me semblent intéressantes pour rester proche de la recherche en sciences cognitives. La prépa B/L conduit aussi à des écoles variées d’économie ou d’informatique. L’économie, surtout la micro-économie, a l’avantage de garder le contact avec l’humain (d’ailleurs, j’aurais aussi pu ajouter l’économie à ma liste de disciplines connexes ci-dessus. Une licence d’économie peut être une alternative à une licence de psychologie après le bac. Tout dépend de la qualité de la licence et des sujets abordés : idéalement, il faudrait une licence orientée modélisation et micro-économie). Je mentionne enfin les ENS : grandes écoles accessibles par toutes les prépas, et au concours très difficile mais dont le but est de former à la recherche, donc dès le niveau L3 vous seriez « dans le bain ». En particulier, l’ENS Ulm à Paris possède plusieurs équipes de biologie de l’évolution dans son département de biologie, une équipe de psychologie évolutionnaire dans son département de sciences cognitives, un master de sciences cognitives réputé (Cogmaster), et un environnement général ouvert d’esprit qui offre de très bonnes conditions pour étudier et s’épanouir en psycho évo. C’est la voie que j’ai eue la chance de suivre. Bien que je sois entré à l’ENS en tant qu’étudiant en biologie, j’allais tous les soirs suivre des cours de philosophie ou de sciences cognitives dans les autres départements de l’école – pour finalement intégrer le master de sciences cognitives en fin d’année. Le concours des ENS est souvent jugé trop dur par beaucoup qui ne le tentent même pas, mais je pense que c’est une erreur, et n’oubliez pas que l’ENS recrute aussi sur dossier (c’est comme ça que j’y suis entré) et que certains de ses masters affiliés (comme le Cogmaster) sont accessibles sans être officiellement élève de l’école.

Je mentionne les grandes écoles avant tout parce qu’il est extrêmement dur actuellement de décrocher un emploi dans la recherche en France. Mon article a bien pour titre « où étudier la psychologie évolutionnaire » et pas « comment trouver un job et s’acheter un yacht grâce à la psychologie évolutionnaire ». Je pars du principe que vous êtes un·e étudiant·e qui pour l’instant ne se soucie pas trop de la vie active et étudie juste pour le plaisir de la connaissance. Si un jour cela change, gardez en tête des possibilités de reconversion. Et je répète donc que savoir modéliser, coder et faire de l’analyse de données sont des compétences très recherchées à la fois dans la recherche publique et dans le privé. Mais d’autres « plans B » sont envisageables, comme démarrer par un diplôme d’ingénieur / économie / informatique avant de tenter sa chance dans la recherche. Tout va dépendre d’à quel point vous êtes sûrs de vouloir faire de la recherche, et d’à quel point la formation prépa / grandes écoles vous paraît adaptée à vos goûts et capacités de travail.

Enfin, vous pouvez partir à l’étranger pour vous former. La psychologie évolutionnaire et l’anthropologie évolutionnaire sont beaucoup plus développées dans les pays anglo-saxons qu’en France, donc vous y trouverez plus de formations, notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Le gros inconvénient, c’est que les études supérieures dans ces pays ne sont bien sûr pas gratuites. Si vous souhaitez tenter quand même, je n’ai pas de liste de formations précises à vous fournir, alors vous devrez googler par vous-même. Pour vous aider se trouve sur cette page une liste d’universités où travaillent des chercheurs en psycho évo, et généralement là où il y a de la recherche, il y a de l’enseignement. Vous pouvez aussi vous servir de cette liste juste pour trouver un stage à l’étranger quand vous ferez vos études en France (là c’est généralement gratuit).

Si vous identifiez des formations intéressantes en France ou à l’étranger, merci de les signaler en commentaire ! Je les ajouterai à cet article et ceux qui passeront après vous vous remercieront !

Les stages

La théorie c’est bien, la pratique c’est mieux. C’est lors des stages qu’on apprend le plus, pas dans les amphis. Les stages permettent aussi de s’assurer que le sujet vous plaît vraiment. Et ils permettent de commencer à se constituer un réseau qui sera hyper important pour votre carrière si vous continuez dans la recherche.

Au niveau licence, les stages obligatoires sont rares et souvent très courts. Si votre formation n’en a pas prévu, rien ne vous empêche de faire quand même un stage volontaire pendant vos vacances d’été plutôt que d’aller ramasser des bulots à Plouharnel. En particulier, si vous avez l’intention de postuler à des cursus compétitifs par la suite, il n’y a rien de tel qu’un stage non-obligatoire pour prouver votre motivation. Pour trouver votre bonheur vous devrez aller consulter les sites web des chercheurs et les contacter directement, en présentant vos motivations. Mais attendez-vous à des refus, surtout au niveau licence : votre manque de formation et la faible durée du stage font que ces propositions sont souvent peu intéressantes pour les chercheurs.

En master, les stages sont souvent obligatoires, et long (typiquement plusieurs mois), donc là vous n’y échapperez pas.

Comment identifier des chercheurs/chercheuses à contacter ? Malheureusement, les labos de psycho évo en France sont aussi rares que les formations, et les psychologues évolutionnaires sont en plus souvent rattachés à un département de biologie ou de psychologie classiques, donc vous aurez du mal à les dénicher en googlant. Mais pour vous aider je vous ai fait ci-dessous une petite liste qui contient les principales équipes en France. Toutes ne font pas de la psycho évo à strictement parler, mais toutes font des approches évolutionnaires du comportement humain. Il ne vous reste plus qu’à aller fouiller leurs sites web pour voir quels sont les sujets de recherche abordés, et à contacter les chercheurs qui vous intéressent.

Si vous connaissez d’autres labos en France, merci de les signaler en commentaire.

Et je mentionne aussi les labos en éthologie, que j’ai une fois de plus piqués à Agatha (un annuaire plus complet se trouve aussi ici). En fouillant les sites web vous verrez que certaines équipes intègrent l’humain à leurs comparaisons d’espèces :

Les lectures

Je ne compte plus le nombre de fois où une journée passée à la bibliothèque m’a apporté plus que deux semaines passées en cours. À l’université, les cours sont parfois faits par des chercheurs qui n’aiment pas enseigner, qui ne sont pas bons pour enseigner, ou qui ont préparé leur cours en jetant trois idées sur un diaporama la veille au soir. Les livres au contraire sont souvent travaillés pendant des mois, bien réfléchis et relus par de nombreuses personnes, donc beaucoup plus clairs, concis et structurés. N’ayez donc pas peur d’abuser des livres, et ne faites pas trop de complexes de ne pas avoir eu de réelle formation universitaire sur un sujet. Pour la psycho évo, je vous ai fait une petite sélection de livres ici : https://homofabulus.com/ressources-et-livres-sur-la-psychologie-evolutionnaire/

Sachez aussi que la série de vidéos que je vous ai faite sur Youtube est déjà une synthèse de ces livres (et de beaucoup d’autres). Je l’ai un peu conçue comme le cours de psycho évo sur lequel j’aurais voulu tomber moi au début de mes études. Sans trop vouloir me la péter, si vous la visionnez attentivement, que vous prenez des notes, que vous allez creuser les sujets avec les références fournies, enfin bref que vous la considérez comme un cours et pas un divertissement sur Youtube, vous saurez déjà l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la psycho évo. Et comme je le dis dans cette série, la psycho évo est plus une façon de penser qu’une réelle discipline avec des méthodes à part entière. Donc pas besoin de passer des années à vous former : vous pouvez apprendre cette façon de penser par vous-mêmes, et vous former aux méthodes traditionnelles en sciences cognitives ou biologie de l’évolution dans une formation classique. Voilà pourquoi je disais en introduction que ce n’est pas si grave qu’il n’y ait pas de formation spécifique à la psycho évo en France. Une formation solide en évolution et sciences cognitives, accompagnée de lectures en psycho évo me semble déjà une base permettant de bien travailler.

Et au-delà des bouquins de psycho évo, vous pouvez lire de la biologie de l’évolution et des sciences cognitives en général. En vulgarisé je vous recommande les livres de Richard Dawkins et de Steven Pinker (surtout leurs premiers livres : Le gène égoïste, Le phénotype étendu pour Richard, Comment fonctionne l’esprit, Comprendre la nature humaine pour Steve). En moins vulgarisé vous pouvez aller taper dans ce qu’on appelle des « textbooks » (livres pour étudiants) d’écologie comportementale, biologie de l’évolution, sciences cognitives, etc. Ils peuvent coûter parfois très chers mais la bibliothèque de votre université devrait en avoir quelques-uns dans ses rayons (en anglais souvent).

Résumé

En résumé, la voie directe pour étudier la psycho évo en France serait de faire des études de sciences cognitives et/ou de biologie de l’évolution, et de compléter ça par des stages et de la lecture personnelle de travaux de psycho évo. Mais le champ est si interdisciplinaire qu’il est possible de le rejoindre par presque n’importe quelle discipline qui touche à l’humain (anthropologie, économie, philosophie…) et par toutes les méthodes d’investigation transversales en recherche (modélisation, statistiques…).

Si vous êtes encore au lycée, ne vous prenez pas trop la tête, vous avez le temps. Si vous êtes vraiment dans l’indécision et que tout vous plaît, une licence ou prépa de biologie me paraît pas mal pour commencer.

Si vous êtes déjà en licence / master dans une discipline proche de la psycho évo, type théorie des jeux, modélisation mathématique, anthropologie, éthologie, philosophie de la biologie, etc, possible que vous puissiez rejoindre la psycho évo juste en choisissant bien les personnes avec qui vous allez faire vos stages de master et votre thèse.

Si vous êtes déjà en licence / master dans une discipline éloignée de la psycho évo, vous pouvez probablement vous reconvertir sans repartir de zéro en passant par les sciences cognitives, qui recrutent très large.

Si vivre à l’étranger n’est pas un problème pour vous, n’oubliez pas de lorgner sur ce qui est offert au-delà de nos frontières.

Si cette page n’a pas répondu à vos questions, ou si vous avez un cas très spécifique, vous pouvez m’envoyer un petit mail et je ferai au mieux pour y répondre – c’est votre avenir, c’est important. Mais je vous ai déjà dit presque tout ce que je savais sur cette page.

Et quand vous serez à la tête de votre propre labo, ou fraîchement débarqué·e au ministère de l’éducation nationale, n’oubliez pas de créer le premier master français de psychologie évolutionnaire.

 

 

 

 

Une réaction à “Où et comment étudier la psychologie évolutionnaire ?”

  1. Aymeric

    9 Apr 2022

    à 13:09

    Merci ! Un article hyper utile qui vient combler un vrai manque !

    Reply to this comment

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